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Jean-Charles Harvey.

En 1934, Jean-Charles Harvey publie un roman, Les demi-civilisés, qui fait scandale, en raison des idées avancées par l’auteur. Il est contraint de démissionner de son poste de rédacteur en chef du journal Le Soleil et le livre est interdit dans Québec (mais pas à Montréal) par le cardinal Villeneuve.

En 1966, Harvey écrit:

«Vers la fin d’avril, Son Éminence le cardinal Villeneuve, archevêque, interdisait Les demi-civilisés. Son décret, publié dans La Semaine Religieuse, défendait aux fidèles, sous peine de péché mortel, de lire ce livre, de le garder, prêter, acheter, vendre, imprimer ou diffuser de quelque façon. On imagine l’effet d’une condamnation si complète et fulminée de si haut. Amis et ennemis crurent que je ne m’en relèverais jamais. C’était le temps où l’Église, encore plus que de nos jours, jouissait d’une autorité et d’un prestige incontestés aussi bien auprès du pouvoir civil que dans la masse des croyants. [...]
«L’index fit boomerang. Sous l’attrait du fruit défendu, le public prit d’assaut certaines librairies de la métropole, dont l’archevêque n’avait pas daigné appuyer le décret de son collègue de la vieille capitale. Pour le livre et son auteur, ce furent des heures de célébrité. À plus de trente ans de distance, on en parle encore.»

Pour le critique Gilles Marcotte, Les demi-civilisés «demeurent un des livres-clés de la littérature canadienne-française».

Harvey a laissé une oeuvre abondante. Outre des articles de journaux, il a publié un recueil de poésie: la Fille du silence (1958), des essais, dont Pourquoi je suis antiséparatiste (1962), et des romans et recueils de nouvelles: l’Homme qui va (1929), Marcel Faure (1926), Sébastien Pierre (1935), les Paradis de sable (1953) et les Demi-civilisés, son roman le plus célèbre, publié en 1934.


Les demi-civilisés: roman (1934)

«Max Hubert, jeune homme sensible, brillant, ennemi de la contrainte, cherche sa voie au sortir du séminaire. Grâce à l’appui d’un nouveau riche dont la fille, Dorothée, deviendra sa maîtresse, il fonde une revue, le Vingtième Siècle, où il s’attaque à la bigoterie et au béotisme de ses compatriotes. Un article contre le pharisaïsme religieux, signé par un de ses rédacteurs, fait scandale, et Max Hubert perd sa situation. À la fin, il retrouve Dorothée qui, à la suite d’une intrigue rocambolesque, s’était séparée de lui et était entrée au couvent.
«Cette trame n’est qu’un prétexte dont l’auteur se sert pour défendre, par la bouche de ses personnages, l’amour libre, la liberté de pensée, la culture et les droits de l’individu, et, surtout, pour dénoncer les travers de la société. Toutes les classes sociales y passent: politiciens, avocats, journalistes, ecclésiastiques, professeurs, hommes d’affaire, femmes du monde, etc. Harvey semble en vouloir plus au conformisme et à l’hypocrisie qu’à la malhonnêteté en soi. Ses diatribes sont d’ailleurs beaucoup plus nourries, plus vigoureuses que ses apologies.»
Histoire de la littérature canadienne-française par les textes, Centre éducatif et culturel, Inc. Montréal, 1968.


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