vendredi 28 octobre 2005

Nouveauté:
Le colonel Chabert, d'Honoré de Balzac, publié pour la première fois en 1832.
Le colonel Chabert. (PDF) 341 ko.
Un étrange visiteur se présente chez l'avoué Derville. Devant son insistance, ce dernier finit par lui accorder un rendez-vous le soir même, à une heure du matin. A l'heure dite, le visiteur revient et se met à raconter son incroyable histoire. Il prétend être le colonel Chabert, officiellement mort dix ans auparavant à la tête de son escadron de cuirassiers, lors de la sanglante bataille d'Eylau. Après avoir errer des années durant d'hôpitaux en asiles, il vient réclamer son dû: la restitution de son identité et de ses biens, annexés par sa "veuve", devenue entretemps la comtesse Ferraud...
En 1994, Yves Angelo en a tiré un beau film, avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Fabrice Luchini et André Dussollier.
jeudi 27 octobre 2005
Dans Du côté de Guermantes, il y a une scène où le baron de Charlus se fâche avec le narrateur, pour une raison que nous ignorons, et que celui-ci ne devine pas également. Charlus conclut ainsi:
"Malheureusement, reprit-il, je n’ai pas le don de faire refleurir ce qui a été une fois détruit. Ma sympathie pour vous est bien morte. Rien ne peut la ressusciter. Je crois qu’il n’est pas indigne de moi de confesser que je le regrette. Je me sens toujours un peu comme le Booz de Victor Hugo: "Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe."
J'ai retrouvé ces vers de Hugo (Booz endormi):
Mais, vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu! mon âme vers la tombe,
Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l’eau.
Magnifique, à la fois cette poésie de Hugo et cette scène de la Recherche.
Par ailleurs, Mme de Guermantes, qui s'informe auprès de son mari, qui il y aura à dîner, et qu'on lui répond que, entre autres, le frère du roi Théodose, s'exclame, avec ennui:
"Ah! mon Dieu, encore des princes."
Et de dire encore:
"Ce que ça peut être ennuyeux de dîner en ville! Il y a des soirs où on aimerait mieux mourir! Il est vrai que de mourir c’est peut-être tout aussi ennuyeux puisqu’on ne sait pas ce que c’est."
mercredi 26 octobre 2005
Les personnages de Proust, avides d'invitations dans des salons où on s'échange des futilités, ont parfois des opinions fort amusantes.
La duchesse de Guermantes, sur Zola:
"[Zola] grandit tout ce qu’il touche. Vous me direz qu’il ne touche justement qu’à ce qui... porte bonheur! Mais il en fait quelque chose d’immense; il a le fumier épique! C’est l’Homère de la vidange! Il n’a pas assez de majuscules pour écrire le mot de Cambronne."
Mme de Brissac:
"Je n’en veux pas à Victor Hugo d’avoir des idées, bien au contraire, mais de les chercher dans ce qui est monstrueux. Au fond c’est lui qui nous a habitués au laid en littérature. Il y a déjà bien assez de laideurs dans la vie. Pourquoi au moins ne pas les oublier pendant que nous lisons? Un spectacle pénible dont nous nous détournerions dans la vie, voilà ce qui attire Victor Hugo."
mardi 25 octobre 2005
Beaucoup de personnes qui n'ont jamais lu Proust savent bien ce qu'il en est des petites madeleines:
"Elle [la mère du narrateur] envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi..." (Du côté de chez Swann).
Trouvé, cette recette de petites madeleines:
Travailler deux gros œufs avec 125 grammes de sucre pour obtenir une pâte blanche. Ajouter 150 grammes de farine en alternant avec 125 grammes de beurre fondu. Parfumer avec zest de citron ou d’orange ou avec quelques gouttes de cointreau, de Grand Marnier ou de rhum. Verser dans les moules bien beurrés et cuire à 350 pendant environ 5 minutes.
lundi 24 octobre 2005
Sur son blogue amusant,
Aurélie au Canada, une Française qui est venue s'installer au Québec, écrit:
"Je commence à en avoir marre. Ça y est, c’est dit. J’en ai marre d’entendre les Québécois dire que les Français ne sont pas foutus de s’exprimer sans utiliser d’anglicismes. Et qu’on nous ressort le shopping, le stop et le parking… Oui les Français utilisent des anglicismes. Je suis bien placée pour le savoir : j’ai fait du conseil ou, devrais-je dire du consulting, pendant 3 ans. (...)
"Mais qu’on ne vienne pas me dire que les Québécois utilisent beaucoup moins d’anglicismes que nous. Les anglicismes sont ici légion, qu’ils soient lexicaux (mots) ou syntaxiques (tournures de phrases). Ainsi on parle de brakes pour désigner les freins de sa voiture, on cancelle un meeting au lieu d’annuler une réunion, on parle de sauver du temps ou de l’argent au lieu de gagner le premier et d’économiser le second, on dit à date pour à ce jour, à l’année longue au lieu de à longueur d’année, on prend une marche au lieu de faire une promenade. Oui, les Québécois utilisent des anglicismes, oui ils en utilisent beaucoup et c’est logique vu qu’ils ont été envahis par les Anglais et sont aujourd’hui entourés d’anglophones."
Tout le billet:
Shopping ou magasinage.
dimanche 23 octobre 2005
Dans Le côté de Guermantes, de la Recherche, il y a le docteur du Boulbon (en fait, il semble plus discoureur que médecin), qui est venu soigner la grand-mère du narrateur:
"Tout ce que nous connaissons de grand nous vient des nerveux. Ce sont eux et non pas d’autres qui ont fondé les religions et composé les chefs-d’oeuvre. Jamais le monde ne saura tout ce qu’il leur doit et surtout ce qu’eux ont souffert pour le lui donner. Nous goûtons les fines musiques, les beaux tableaux, mille délicatesses, mais nous ne savons pas ce qu’elles ont coûté, à ceux qui les inventèrent, d’insomnies, de pleurs, de rires spasmodiques, d’urticaires, d’asthmes, d’épilepsies, d’une angoisse de mourir qui est pire que tout cela..."
samedi 22 octobre 2005
Swann, dans le premier livre de la
Recherche de Proust, est profondément affecté par "une oeuvre musicale exécutée au piano et au violon" qu'il écoute pour la première fois chez les Verdurins.
"L'expérience d'entendre la sonate, écrit Madeleine Hunter, est semblable à l'expérience de Marcel (le narrateur) lui-même lorsqu'il a goûté la madeleine. L'expérience de Marcel fait revenir le passé dans le présent. Il y a beaucoup de ressemblances entre la mémoire involontaire de Swann et celle de Marcel. Nous pouvons comprendre ce que la sonate a fait pour Swann en étudiant ce que la madeleine a fait pour Proust. L'épisode de la madeleine a lieu par hasard, et il évoque en Marcel une réaction de plaisir sensuel et émotionel. La sonate a des effets semblables sur Swann."
Vinteuil est un personnage de fiction. Pour plusieurs, cette fameuse sonate serait en fait la Sonate en la majeur de César Franck. Pour d'autres, ce serait plutôt la Ballade de Gabriel Fauré. Pour d'autres encore, elle se rapprocherait plus de l'oeuvre d'un Wagner, ou encore elle serait une pure création de Proust, illustrant son propre univers.
Lien:
L'homme et la musique dans Un Amour de Swann, par Margaret Hunter.
vendredi 21 octobre 2005
Le site n'est plus actif mais est encore disponible.
Mozambook est, en français, un des rares sites à proposer de beaux livres, avec une numérisation impeccable. Voir, entre autres, le
Madame Bovary, de Gustave Flaubert; ça vaut bien une édition papier. Site à signaler, surtout que, sur l'Internet, l'édition électronique rime souvent avec n'importe-comment!
À propos... livre électronique, ebook, livrel, elivre?... Pourquoi pas tout simplement livre et volume? Quand nous parlons d'un livre, a-t-on besoin d'expliquer que celui-ci est cartonné, en édition de poche, à gros caractères, etc? Alors! pour moi, un livre sur écran reste un livre.
Sur le site de l'Académie suédoise, qui décerne les prix Nobel, on peut retrouver des biographies, bibliographies des lauréats, autant ceux de chimie, physique, etc., que de littérature. Les articles ne sont pas toujours traduits en français, et ne sont pas toujours disponibles pour tous les lauréats. Mais voici une belle
page (en français) sur le dernier lauréat du Nobel de littérature, Harold Pinter, dramaturge anglais. On y parle de l'homme, de l'oeuvre, et la bibliographie est imposante.
jeudi 20 octobre 2005
Pierre Assouline, dans son excellent blogue,
La république des livres, dans un article sur le philosophe
Alain Finkielkraut:
"Citer, c'est ressusciter. Rien à voir avec les citateurs professionnels qui sont les assommoirs de la conversation. Il ne s'agit pas de lancer des bons mots pour éblouir, divertir ou séduire mais de féconder une pensée par celles qui l'ont précédée sur la même voie. Comme disait Borgès dans
Eloge de l'ombre:
Que d'autres se targuent des pages qu'ils ont écrites; moi, je suis fier de celles que j'ai lues."
Bien alors, je ne peux pas m'empêcher de citer Thomas Bernhardt:
"L'admiration rend aveugle et stupide; les gens admirent plutôt que de respecter ou d'avoir de l'estime, cela leur coûte moins cher."
mercredi 19 octobre 2005
Claude Jasmin écrit:
"Les gens ne lisent pas notre littérature". Point final. J’ai signé plus de cinquante bouquins depuis 1960, j’ai confié mes ouvrages à une dizaine d’éditeurs. La fin de années soixante marquait la fin d’un engouement réel pour la littérature d’ici. À cela il y a des causes nombreuses. Dubois chante : "Le monde a changé, tit-Loup". Il a changé mal! Le plus souvent, j’ai pu constater "sur le terrain" la bonne volonté, la fougue, une foi candide, merveilleuse, un désir ardent d’obtenir des succès de librairie." -- Tout le billet, sur le
blogue de Claude Jasmin.

"Ce qu'il est convenu d'appeler le libertinage connut au XVIIIe siècle un surprenant succès. Ce genre littéraire, dont le premier chef-d'oeuvre, avec
Les Égarements du coeur et de l'esprit de Crébillon fils, paraît en 1736 et le dernier en 1782 avec
Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, a séduit nombre d'auteurs, célèbres ou non: Duclos, Godard d'Aucour, La Morlière, Voisenon, Boyer d'Argens, Fougeret de Monbron, Chevrier, Dorat, Andréa de Nerciat, Vivant Denon et quelques autres."
Tout l'article
Libertins, libertinage, par Raymond Trousson.
mardi 18 octobre 2005
Primesaut – De primesautier : qui décide, parle, agit avec spontanéité.
«Mais il est bien rare que dans ses discours étudiés, mieux encore, dans le primesaut de la conversation il ne donne pas son signalement – j’allais dire il n’appose pas sa signature – par quelque mot à l’emporte-pièce.» Marcel Proust, dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs.
Abîmer – Épuiser, fatiguer beaucoup.
«Il fallait que les voyageurs fussent partis de bien loin et venus bien vite pour abîmer leur bête à ce point.» Les mystères de Montréal, Auguste Fortier (1893).
Brun (faire) ou noircir – Quand le soir tombe; à la fin du jour et au début de la nuit; ou bien le matin, quand le jour commence à peine.
«Le lendemain, il faisait brun encore quand Menaud cria le réveil.» Menaud, maître-draveur, Félix-Antoine Savard. (1937).
"Ça commence à noircir dehors." (L...)
lundi 17 octobre 2005

"Knut Hamsun naît le 4 août 1859 à Garmo, un bourg de montagne perdu sur la rive ouest du lac Vågåvatn. Il décède dans sa ferme de Nørholm près de Grimstad, la nuit du 19 février 1952. Une vie, 92 ans et 6 mois, passée entre le temps des charrettes et l’ère de l’atome. Une vie troublée, complexe et mouvementée, mais avant tout une vie vouée au service des mots."
Téléchargez tout cet
article de Lars Frode Larsen, au format PDF.
dimanche 16 octobre 2005

Nouveauté:
Le doctorat impromptu: roman érotique, d'Andréa de Nerciat (1739-1801), publié dans la collection
Libertinage.
Le doctorat impromptu. (PDF) 249 ko.
"Tout le reste se brouilla pour moi... Ce fut, je crois, la propre main du damnable abbé qui guida vers le vrai séjour du plaisir l’aiguillon brûlant de l’amoureux élève... La magie de
la volupté, frappant à la fois à toutes les portes, noya subitement toutes mes tristesses; j’eus un de ces rares moments... que les dévots fanatiques cherchent et croient avoir trouvés quelquefois dans leurs contemplations célestes. Ah! la mienne, infernale peut-être, avait bien plus de réalité." --
Le doctorat impromptu.
samedi 15 octobre 2005
"Perclus d'archaïsmes et truffé d'anglicismes, le français québécois contemporain? Au contraire! Le français du Québec est une langue pleine de vitalité, riche et innovatrice, qui se distingue par sa capacité d'inventer des mots pour désigner des réalités nouvelles, propres au Québec (câblodistributeur, cégep, pourvoirie) ou non (aluminerie, babillard, vol nolisé), ou encore pour éviter les emprunts à l'anglais. Ainsi, la création des néologismes dépanneur, motoneige, téléavertisseur ou courriel révèle la détermination des francophones du Québec à ne pas démissionner devant le raz-de-marée anglo-saxon et à puiser plutôt dans les ressources de leur langue. Le français québécois se distingue aussi par l'utilisation de mots venus de France, oubliés par la majorité des autres francophones, mais dont l'usage s'est maintenu au Québec et en Amérique française. Achalandage, avant-midi, bec (au sens de baiser), bleuet (pour désigner le fruit plutôt que la fleur bleue), creux (au sens de profond), croche (au sens de crochu et de malhonnête), écornifler (au sens d'épier), frasil, piger (au sens de prendre) et traversier sont des exemples de québécismes originaires de France." (voir tout l'article dans le dernier numéro du magazine L'Actualité: 15 octobre 2005).
L'auteure, Marie-Éva de Villers, a publié un Multidictionnaire de la langue française, et, très bientôt, Le vif désir de durer.
vendredi 14 octobre 2005
"Faut-il ou non, mettre son œuvre à disposition du public, gratuitement sur un site Internet? Les avis divergent. Chaque cas est à étudier. Parfois, on publiera un feuilleton. Parfois, on se contentera d'extraits, ou encore de documents annexes au livre, pour appâter le chaland. D’autre fois, on mettra tout en ligne: pariant que le lecteur séduit achètera le papier, en parlera autour de lui et, finalement fera vendre ce livre, ou d’autres du même auteur. D’autres fois encore, après publication, on tiendra à jour un site présentant des développements autour de l’œuvre publiée." Plus, sur
La feuille.
mardi 11 octobre 2005

"Proust a longtemps fréquenté les milieux mondains et la noblesse décadente de la fin du XIXe qu’il a su étudier avec minutie; ils lui ont permis d’acquérir une connaissance aiguë du snobisme et de la futilité d’une société qui en même temps, le fascinait. Puis, voyant que la maladie s'emparait de lui, par crainte de ne pouvoir mener à bien l’œuvre qu’il sentait mûrir, il se retira du monde pour écrire cette immense "cathédrale". Proust n’a cependant pas d’emblée été reconnu comme un génie.
Du côté de chez Swann a été refusé par tous les éditeurs et n’a été publié qu’à compte d’auteur… chez Grasset. Ce n’est que vers 1916 qu’on commence à reconnaître sa valeur et que la N.R.F. de Gallimard se décide à l’éditer!" --
Plus.
samedi 1 octobre 2005

Nouveauté:
Sur la lecture, de Marcel Proust. Le texte a paru en préface à la traduction par Proust du livre de John Ruskin :
Sésame et les lys. Il n'y est en fait pas question de Ruskin, dans cette préface, Proust y expose plutôt ses propres idées sur la lecture.
Sur la lecture. (PDF) 216 ko.
"Aussi, les plus grands écrivains, dans les heures où ils ne sont pas en communication directe avec la pensée, se plaisent dans la société des livres. N’est-ce pas surtout pour eux, du reste, qu’ils ont été écrits; ne leur dévoilent-ils pas mille beautés, qui restent cachées au vulgaire? À vrai dire, le fait que des esprits supérieurs soient ce que l’on appelle livresques ne prouve nullement que cela ne soit pas un défaut de l’être. De ce que les hommes médiocres sont souvent travailleurs et les intelligents souvent paresseux, on ne peut pas conclure que le travail n’est pas pour l’esprit une meilleure discipline que la paresse. Malgré cela, rencontrer chez un grand homme un de nos défauts nous incline toujours à nous demander si ce n’était pas au fond une qualité méconnue...." --
Sur la lecture.