Charlus, Hugo, les princes
Par Jean-Yves Dupuis, jeudi 27 octobre 2005 à 06:31 :: Marcel Proust :: #161 :: rss
Dans Du côté de Guermantes, il y a une scène où le baron de Charlus se fâche avec le narrateur, pour une raison que nous ignorons, et que celui-ci ne devine pas également. Charlus conclut ainsi:
"Malheureusement, reprit-il, je n’ai pas le don de faire refleurir ce qui a été une fois détruit. Ma sympathie pour vous est bien morte. Rien ne peut la ressusciter. Je crois qu’il n’est pas indigne de moi de confesser que je le regrette. Je me sens toujours un peu comme le Booz de Victor Hugo: "Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe."
J'ai retrouvé ces vers de Hugo (Booz endormi):
Mais, vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu! mon âme vers la tombe,
Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l’eau.
Magnifique, à la fois cette poésie de Hugo et cette scène de la Recherche.
Par ailleurs, Mme de Guermantes, qui s'informe auprès de son mari, qui il y aura à dîner, et qu'on lui répond que, entre autres, le frère du roi Théodose, s'exclame, avec ennui:
"Ah! mon Dieu, encore des princes."
Et de dire encore:
"Ce que ça peut être ennuyeux de dîner en ville! Il y a des soirs où on aimerait mieux mourir! Il est vrai que de mourir c’est peut-être tout aussi ennuyeux puisqu’on ne sait pas ce que c’est."
"Malheureusement, reprit-il, je n’ai pas le don de faire refleurir ce qui a été une fois détruit. Ma sympathie pour vous est bien morte. Rien ne peut la ressusciter. Je crois qu’il n’est pas indigne de moi de confesser que je le regrette. Je me sens toujours un peu comme le Booz de Victor Hugo: "Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe."
J'ai retrouvé ces vers de Hugo (Booz endormi):
Mais, vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu! mon âme vers la tombe,
Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l’eau.
Magnifique, à la fois cette poésie de Hugo et cette scène de la Recherche.
Par ailleurs, Mme de Guermantes, qui s'informe auprès de son mari, qui il y aura à dîner, et qu'on lui répond que, entre autres, le frère du roi Théodose, s'exclame, avec ennui:
"Ah! mon Dieu, encore des princes."
Et de dire encore:
"Ce que ça peut être ennuyeux de dîner en ville! Il y a des soirs où on aimerait mieux mourir! Il est vrai que de mourir c’est peut-être tout aussi ennuyeux puisqu’on ne sait pas ce que c’est."

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