La Bibliothèque électronique du Québec

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mardi 28 février 2006

Le roman-feuilleton

Extraits du texte de présentation (non signé) d'une édition en livre de poche du roman le Bossu de Paul Féval:

"Le roman-feuilleton prend son essor au XIXe siècle. Tous les grands auteurs y sacrifieront, de Balzac à Daudet, de George Sand à Flaubert, de Théophile Gautier à Jules Verne: d'abord parce que la prépublication fournit un substantiel apport financier, ensuite parce que cette publicité indirecte augmente les ventes ultérieures en librairie.

"Le phénomène naît en Angleterre où, durant l'année 1719, le public se passionne pour le récit des aventures d'un naufragé sur une île déserte. Robinson Crusoé s'averera un personnage fictif, inventé par un journaliste de génie: Daniel Defoe.

"En France, l'apparition d'une presse populaire bon marché, en 1836, va donner au feuilleton une importance primordiale: une histoire qui plaît au public augmente les ventes dans des proportions considérables. Les patrons de presse sont tout disposés à faire des ponts d'or aux bons feuilletonistes. On ne se contente donc plus de saucissonner les ouvrages de romanciers connus, on fait écrire des récits spécialement conçus, quant à la longueur et au contenu, pour les colonnes du journal qui les publie. L'Audimat de l'époque, c'est le courrier des lecteurs, et ce baromètre oriente la création littéraire. Si le public apprécie, on en rajoute: s'il proteste, on fait machine arrière, éventuellement au mépris de la cohérence du texte. Le feuilletoniste est au service des ventes; il doit donc écrire vite, être inventif et avoir l'échine souple pour se plier aux contraintes qu'on lui impose. Il y a quelques génies comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval, Ponson du Terrail, Émile Gaboriau, que copient une multitude de tâcherons. Chefs-d'oeuvre et navets se succèdent au rez-de-chaussée (le bas de la page de titre) des innombrables journaux parisiens et provinciaux éclos au cours du XIXe siècle.

"Chaque grande oeuvre plus ou moins bien plagiée donne ainsi naissance à un genre: Les Trois Mousquetaires ouvrent la voie au roman de cape et d'épée; Les Mystères de Paris, à la fresque sociale. Viendront ensuite le roman noir et le roman policier, puis le roman sentimental féminin.

"Toute une littérature populaire ignorée des histoires littéraires se développe ainsi, reflet de la sensibilité d'une époque et mine d'informations sur des pratiques sociales ignorées ou oubliées.

"Après la Première Guerre mondiale, le feuilleton s'étiole dans la presse. La radio va bientôt prendre le relais..."


Pour lire davantage sur le sujet:

Kenneth Landry: Le roman-feuilleton français dans la presse périodique québécoise à la fin du XIXe siècle: surveillance et censure de la fiction populaire. Document PDF. 2201 Ko.


lundi 27 février 2006

Le livre des contes - Tante Lucille

Dans la version 3.0 du Livre des contes, plusieurs textes ont été ajoutés.

Le livre des contes. PDF. 829 Ko.

"Les contes sont la poésie des enfants. Ils ne sont pas vrais, dites-vous? – Qu’entendez-vous par là? Qu’il n’arrive rien de pareil sur la terre? Je crois en effet que les bottes du petit Poucet ne faisaient pas sept lieues à la fois, puisque la vapeur n’était pas inventée, et j’admets que la Belle-au-Bois-dormant n’a pas dormi cent ans, puisque dans ce temps-là on ne faisait encore ni sermons ni discours ministériels; mais en quoi ce détail touche-t-il à la vérité des choses?... Cependant, y a-t-il au monde des gens plus vivants et plus réels que tous ces personnages qui n’ont jamais vécu?..." -- Ed. Laboulaye.

J'ai déjà fait un billet sur Tante Lucille et ses contes. En voici d'ailleurs un:

Blondinette et les trois ours. PDF. 80 Ko.

"Il y avait une fois trois ours qui vivaient dans une jolie petite maison située dans une grande forêt. Il y avait le Papa, la Maman et le Bébé Ours. Ils avaient chacun un lit pour dormir, une chaise pour s’asseoir, une terrine et une cuiller pour manger du pain, du lait ou du miel, leur nourriture favorite." -- le début.


dimanche 26 février 2006

Promenades autour d'un village, de George Sand

Nouveauté: Promenades autour d'un village de George Sand.

Promenades autour d'un village. PDF. 496 Ko.

Dans Promenades autour d'un village, George Sand fait la chronique du petit village de Gargilesse, dans le Berry, qu'elle visita souvent et aimait particulièrement. Elle avait découvert ce village en 1844, lors d'un voyage avec Chopin. Il y a aussi une partie sur les moeurs et les croyances populaires du Berry. "Grâce à une bonne tendance générale, les artistes et les poètes commencent à savoir et à dire que la France est un des plus beaux pays du monde", y écrit George Sand.

"A cinquante kilomètres de Nohant, au bord de la rivière Gargilesse, cette grand voyageuse redécouvre un jour de 1857 le petit village du même nom qu’elle avait déjà traversé plusieurs années auparavant avec Chopin. Nous sommes en juin 1857, en plein Second Empire. George Sand a cinquante-trois ans, est célèbre depuis vingt-cinq ans, possède toujours ses beaux yeux noirs et son mètre cinquante-quatre. Elle est accompagnée par son amant Alexandre Manceau, ex-ami de son fils Maurice et graveur de son état, et de Depuizet, entomologiste renommé. La chasse aux papillons les a attirés dans cette vallée." -- plus, sur Terre des écrivains.

Photo ci-haut: La maison de George Sand à Gargilesse, dans l'Indre, E. Bloch-Dano.

Lien:

Sand à Gargilesse, par Evelyne Bloch-Dano, Magazine littéraire n° 391, Octobre 2000.


samedi 25 février 2006

La Bibliothèque Rose fête ses 150 ans!

"Elle est la plus ancienne et la seule collection d’une telle longévité dans toute l’histoire de l’édition française. (...) En offrant à ses lecteurs une succession impressionnante de héros plus célèbres les uns que les autres, la Bibliothèque Rose peut s’enorgueillir aujourd’hui, à 150 ans, d’être à la fois la plus ancienne, la plus connue et surtout la plus aimée de toutes les collections littéraires françaises." -- sur cette belle page, une présentation de la Bibliothèque Rose, où s'est publié, entre autres, des auteurs comme Enid Blyton et la Comtesse de Ségur.



La glèbe, de Paul Adam

Nouveauté: La glèbe, un court récit de Paul Adam.

La glèbe. (PDF) 150 ko.

L’écrivain français Paul Adam (1862-1920) a aussi publié Le conte futur (disponible à la Bibliothèque), ainsi que Lettres de Malaisie.


vendredi 24 février 2006

George Sand et Delacroix

Dans la Gazette des Beaux-Arts, en 1904, Marcelle Tinayre, publia un petit article: Un portrait de George Sand, d'après un portrait que fit d'elle le peintre Eugène Delacroix.

"Ce petit portrait de George Sand, presque ignoré du public, représente l’illustre romancière à cette période de sa vie où elle s’incarnait elle-même dans le personnage de Lélia. Et c’est bien Lélia, en effet, toute jeune, pâle et maigrie par les premières années de lutte, d’effort, de passion. Son petit visage n’a rien encore de la majesté lourde de la Bonne Dame de Nohant – et il apparaît moins maternel qu’amoureux, énergique et cependant très féminin, nullement beau au sens classique et conventionnel, mais intéressant, séduisant par l’expression mystérieuse et la chaude couleur, et par ce que les peintres appellent le caractère." -- extraits.

Un portrait de George Sand. PDF. 73 Ko.

Eugène Delacroix, qui fréquentait les salons littéraires, avait rencontré le couple Chopin-Sand en 1834, avec qui il entretint une longue amitié. Il fit plusieurs portraits de George Sand, dont cette huile sur toile [image ci-contre], qui est un fragment d'un double portrait de George Sand et de Frédéric Chopin; l'original a été en fait découpé en deux morceaux vers 1870 pour une raison que l'on ne s'explique pas.


jeudi 23 février 2006

Contes et historiettes, de Zulma Carraud

Nouveauté: Contes et historiettes à l'usage des jeunes enfants qui commencent à savoir lire, un recueil de Zulma Carraud.

Contes et historiettes. PDF. 418 Ko.

Zulma Tourangin (1796-1889), ou Carraud par son mariage avec le capitaine François-Michel Carraud, est aujourd'hui surtout connue par la longue correspondance qu'elle entretint avec Honoré de Balzac. Elle écrivit plusieurs livres à l'intention des enfants.

Très moralisateurs, ces contes et historiettes, la plupart très courts, mettent en scène des enfants qui sont toujours punis de leurs petits défauts, parfois très cruellement.

Lien:

Zulma Carraud, par Odile Marcel.



Best-sellers

Intéressant, et réjouissant, ce qu'écrit Michel Brûlé en éditiorial du journal Mir, journal en ligne joliment fait:

"Regardons du côté de l’Allemagne en scrutant la liste de best-sellers du réputé magazine Der Spiegel. Toujours le 24 septembre 2005, sur les 20 titres que comptent la liste: 6 livres sont germanophones, 2 Français et les autres, anglophones. En France, la liste des 10 meilleurs vendeurs de la FNAC ne comptent que deux anglophones, J. K. Rowling et Paul Auster, les autres étant tous Français. Et au Québec, sur les 30 premiers titres du palmarès Renaud-Bray, on en compte 12 québécois, 10 français, 1 afghan, 1 espagnol, 1 brésilien et 5 anglophones. Et dire que ces tartuffes, journalistes et politiciens, qui nous rabâchent les oreilles en disant que les Québécois sont repliés sur eux-mêmes, sont partout dans nos médias!" -- Tout le texte.


mercredi 22 février 2006

Knut Hamsun (2)

Henry Miller a écrit une très belle préface pour un roman, Mystères, de Knut Hamsun. Le texte a paru en 1971 lors de la sortie de la traduction américaine, dans le New York Times Book Review. Il a été traduit en français par Marie-France Girod. Extraits:

"Mystères vient de paraître dans une nouvelle traduction, et, quoique ce soit la septième ou la huitième fois que je me plonge dans ce roman, j'ai comme toujours l'impression de le découvrir. Ce n'est pas le plus grand livre jamais écrit, mais de tous ceux que j'ai pu lire, il est celui qui me touche de plus près. S'il y a un auteur que j'ai délibérément cherché à imiter, sans y réussir, c'est bien Knut Hamsun. Je ne suis d'ailleurs pas le seul à lui vouer ce culte. Pour les gens de ma génération, il a sans doute joué le même rôle que Dickens pour les lecteurs de son époque. Nous dévorions chacun de ses écrits, attendant les suivants avec impatience.

"(...) On ne sait jamais à quoi s'en tenir exactement sur les motifs de la conduite de Nagel [le héros du roman]. Un jour, venant de nulle part, il arrive dans une petite ville sans nom et là, pendant une brève période, il joue à être Dieu. On n'en saura pas plus sur lui à la fin du récit qu'au début, et c'est ce qui donne à cette tragique histoire d'amour un charme aussi exquis. Nagel, en avance sur son temps, apparaît déjà comme l'attachant et énigmatique anti-héros, et, cela est sûr, comme un artiste qui a fait de la vie son moyen d'expression.

"(...) Hamsun, lui, savait faire naître une musique de ses souffrances. Il ne disposait d'aucune des neuf cent quatre-vingt-dix-neuf échappatoires offertes à la jeunesse de maintenant. Sa seule échappatoire, il la trouvait dans et de par la nature. S'il vivait aujourd'hui, il invectirait peut-être contre la jeunesse avec le même acharnement qu'il mettait à faire le procès de la bourgeoisie et des prétendus grands hommes de son époque.

"(...) Quant à la question de sa collaboration avec les nazis, je ne l'ai en ce qui me concerne pas résolue. S'il a vraiment collaboré, c'est, j'en suis certain, moins par inclination (qu'aurait-il eu de commun avec les nazis?), que par dégoût et par mépris de ses compatriotes. Et l'on peut se sentir plus d'affinités avec un homme intègre capable de commettre une énorme, une tragique erreur, qu'avec la foule dont les opinions varient au moindre vent.

"(...) Comme je suis reconnaissant à la vie de m'avoir permis de rencontrer très tôt l'oeuvre d'Hamsun, et d'en penser autant de bien (sinon plus) aujourd'hui que lorsque je l'ai découverte. (...)"


Ils l'ont tous lu...

"Ernest Hemingway voulait écrire comme Hamsun, Henry Miller aussi. Il l'appelait son maître. Thomas Mann l'adorait, Herman Hesse l'appelait son favori. Les écrivains russes comme Andre Bely et Boris Pasternak lisaient Hamsun constamment dans leur jeunesse, André Gide le trouvait supérieur à Dostoïevski. Ils l'ont tous lu - Kafka, Brecht, Gorky, Wells." -- tiré d'un très beau site, danois, mais en partie français: une galerie de photos, des citations, une bibliographie... le tout, très bien fait!


mardi 21 février 2006

"Le destin numérique des vieux livres"

"On pourrait parler de passéisme si les concepteurs des sites Web ne faisaient qu’exhumer des écrits anciens sans aller plus loin, s’ils ne se livraient qu’à de la pure érudition. Au contraire, ce qu’on observe le plus souvent, c’est la volonté de mettre en perspective le présent et le passé, ce qui s’exprime, c’est le souhait d’un dialogue avec ces pensées d’autrefois afin de mieux comprendre le passé et de mieux nous comprendre. Ce qu’on cherche à faire, c’est à mettre en valeur les textes d’autrefois qui nous apparaissent vrais et beaux, c’est extraire, de ces écrits poussiéreux, les pépites d’or qu’ils contiennent et qui autrement resteraient enfouies." -- extrait d'un très bel article de Stéphane Stapinsky, sur le site de l'Encyclopédie de l'Agora.



Cora - L'Orco, de George Sand

Nouveauté: Cora, suivi de L'Orco, deux nouvelles de George Sand.

Cora - L'Orco. PDF. 268 Ko.

"Le succès d’Indiana amena la Revue de Paris à demander des nouvelles à George Sand. Elle donna donc successivement Melchior et La Marquise. Puis en 1833, à La Revue des Deux Mondes avec qui elle venait de signer, Aldo le rimeur et Métella. Elle participa aussi à des volumes collectifs. Pour les Soirées littéraires de Paris, elle écrivit Le Toast, pour Le Salmigondis, Cora, pour Heures du soir, Une vieille histoire. Avec le temps et la publication des romans en feuilletons, les nouvelles se firent rares, mais plusieurs de ses romans, dont Consuelo, en ont une pour origine." -- extrait du très beau site sur George Sand, par le ministère de la culture de France.


lundi 20 février 2006

Ma chère maman, par la Vicomtesse de Simard de Pitray

Nouveauté: Ma chère maman, par la Vicomtesse de Simard de Pitray, née Olga de Ségur, dernière des huit enfants de la Comtesse de Ségur.

Ma chère maman. (PDF) 437 ko.

"Je n’ai pas la prétention de faire ici la biographie non plus que la généalogie de ma bonne mère. Sophie, comtesse Rostoptchine, devenue plus tard comtesse de Ségur, est trop connue par ses ouvrages et par le livre charmant de mon frère Gaston: Ma mère, pour que je répète ce que l’on connaît déjà. Née et élevée en Russie avec un luxe tout royal, elle habitait tantôt à Moscou le magnifique hôtel qui fut incendié avec Moscou puis reconstruit après le départ de Napoléon, tantôt la superbe terre de Woronowo dont j’ai parlé dans Mon bon Gaston. Son éducation fut à la fois très sévère et très soignée. À quatre ans la petite Sophie parlait correctement le russe, le français, l’anglais et l’italien, grâce à des gouvernantes appartenant à chacune de ces nationalités. À sept ans elle jouait du piano avec une telle facilité..." - extrait de Ma chère maman.


dimanche 19 février 2006

Journal d'un voyageur pendant la guerre, de George Sand

Nouveauté: Journal d'un voyageur pendant la guerre, une texte autobiographique de George Sand. De septembre 1870 à février 1871, alors que les Allemands sont aux portes de Paris, George Sand tient un journal: "J'ai tâche de saisir l'esprit de la France dans ses convulsions d'agonie", écrit-elle. Elle décrit dans ce journal la vie quotidienne, parle des rumeurs qui circulent, de la peur des gens, des événements de la guerre...

Journal d'un voyageur pendant la guerre. PDF. 542 Ko.

"Promenade à Chissac, c’est le domaine de Sigismond, dans un pays charmant. Prés, collines et torrents. La face du mont Barlot, opposée à celle que nous voyons de Boussac, ferme l’horizon. Nous suivons les déchirures d’un petit torrent perdu sous les arbres, et nous faisons une bonne pause sous des noyers couverts de mésanges affairées et jaseuses que nous ne dérangeons pas de leurs occupations. Ce serait un jour de bonheur, si l’on pouvait être heureux à présent. Est-ce qu’on le sera encore? Il me semble qu’on ne le sera plus; on aura perdu trop d’enfants, trop d’amis! – Et puis on s’aperçoit qu’on pense à tout le monde comme à soi-même, que tout nous est famille dans cette pauvre France désolée et brisée!" -- Extraits de Journal d'un voyageur pendant la guerre.

On peut comparer le texte de George Sand avec celui d'Octave Crémazie qui a publié un très intéressant Journal du siège de Paris, inclus dans ses oeuvres complètes:

Oeuvres complètes. PDF. 1178 Ko.

À propos, d'ailleurs, de la Commune, intéressant ce point de vue de George Sand:

"Je ne connais pas les théories de la Commune moderne, je ne les vois exposées nulle part; mais si elles doivent s’imposer par un coup de main, fussent-elles la panacée sociale, je les condamne au nom de tout ce qui est humain, patient, indulgent même mais jaloux de liberté et résolu à mourir plutôt que d’être converti de force à une doctrine, quelle qu’elle soit." -- Journal d'un voyageur pendant la guerre.

Pour avoir une idée des enjeux de la guerre franco-prussienne de 1870, cette page sur Wikipedia en fait une bonne synthèse.

On peut lire aussi le recueil de nouvelles Les Soirées de Médan, qui comprend des textes de Zola, Huysmans,... et le fameux Boule de suif de Maupassant.

Les Soirées de Médan. PDF. 666 Ko.


samedi 18 février 2006

Knut Hamsun (1)

S'il y a un auteur que j'ai toujours lu avec les plus grands délices, c'est bien le norvégien Knut Hamsun, et parmi ses plus beaux livres, il y a Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949). Hamsun avait presque quatre-vingt-dix ans lors qu'il écrivit ce récit autobiographique; c'était immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, les Allemands avaient occupé la Norvège, et Hamsun... s'était rangé du côté des Allemands. Mais les prises de positions, certes malheureuses, de Hamsun, n'ont rien à voir avec celles d'un "salaud" comme Louis-Ferdinand Céline, ou même celles de Paul Léautaud. Hamsun avait des vues bien plus nobles, et pendant la guerre il n'est pas resté indifférent au sort de son peuple.

Après la guerre, lorsqu'il est interné, jugé et condamné, Hamsun cependant ne s'accuse de rien, ne laisse jamais transparaître le sentiment d'une faute. À la manière de Nagel, le héros de l'un de ses plus célèbres romans, Mystères, son comportement reste déroutant. "J'ai la paix, écrit-il, mon esprit est pur et ma conscience libre."

Pourtant, c'était bien lui qui, après la mort de Hitler, avait publié cette nécrologie insensée dans un journal norvégien:

Extraits: "Je ne suis pas digne de parler à voix haute d'Adolf Hitler, et sa vie et ses actes n'invitent à aucun attendrissement sentimental. Ce fut un guerrier, qui fit la guerre pour l'humanité, et un annonciateur de l'Évangile de Justice pour toutes les nations. Ce fut un réformateur du plus haut rang, et son destin historique fut tel qu'il vécut dans une époque d'une cruauté sans exemple, qui finalement l'abattit. C'est ainsi que les Européens de l'Ouest doivent voir Adolf Hitler, et nous autres, ses disciples, nous courbons maintenant la tête devant sa mort."

Sur les sentiers où l'herbe repousse contient, en plus du très beau journal de Hamsun, une longue préface de Manès Sperber, et une étude de Régis Boyer, Pour l'amour du viking, où, dit-il, il essaie de "proposer une clef" aux aberrantes prises de positions du grand Norvégien. Ces deux textes à eux seuls vaudraient bien l'achat du livre.



La santé des enfants, de la Comtesse de Ségur

Nouveauté: La santé des enfants, de la Comtesse de Ségur.

La santé des enfants. (PDF) 271 ko.

"Je n’ai pas la présomption de vouloir faire un livre de médecine; je désire seulement combler une lacune qui existe dans l’éducation des jeunes personnes, en les faisant participer aux fruits de ma longue expérience et de quelques études sur l’éducation physique des enfants. (...) Mes premiers enfants ont fait des maladies graves qui ont nécessité des remèdes douloureux. J’aurais tout évité si j’avais eu les notions d’hygiène et de médecine que j’ai eues plus tard..." -- extrait de La santé des enfants.

"Les dernières recherches [sur la Comtesse de Ségur] font ressortir son souci d'une pédagogie attentive, basée sur la psychologie et non sur la "fessée" et ses qualités d'observatrice de la vie réelle, telle qu'elle la connaît, telle qu'elle la conçoit. Plus de cent ans après sa mort, elle ne laisse pas indifférent et reste un des rares écrivains du XIXe siècle encore présents dans les médiathèques pour la jeunesse. La Comtesse de Ségur, une vieille dame qui vieillit bien." -- Louis Le Roc'h Morgère, directeur des archives départementales du Calvados.


vendredi 17 février 2006

La sirène, de Gustave Toudouze

Nouveauté: La sirène, un récit de Gustave Toudouze, sous-titré: Souvenir de Capri.

La sirène. (PDF) 257 ko.

Deux amis français, l'un peintre et l'autre poète, en voyage en Italie, s'arrêtent à Capri, où une étrange histoire de sirènes les fascinent.


jeudi 16 février 2006

Le Cap au Diable, de Charles DeGuise.

Nouveauté: Le Cap au Diable, un récit de Charles DeGuise, publié dans la collection Littérature québécoise.

Le Cap au Diable. (PDF) 265 ko.

Ce récit, qualifié par l'auteur de légende, raconte l'histoire d'une famille acadienne, dont le père et la mère, qui sont séparés lors de la déportation en 1755, se retrouvent après de nombreuses péripéties. Tout finit bien.



Rose-d'Amour, d'Alfred Assollant

Nouveauté: Rose-d'Amour, suivi de Claude et Juliette, deux nouvelles d'Alfred Assollant.

Rose-d'Amour. (PDF) 357 ko.

Le très beau récit Rose-d'Amour d'Alfred Assollant (1827-1886) raconte la tendre histoire d'une jeune fille dont l'amoureux est parti à la guerre et qui est aux prises avec les préjugés des gens de son village. Le récit, plutôt mélodramatique, est cependant raconté avec un charme certain.


mercredi 15 février 2006

Alain-Fournier

"En 1913, le manuscrit du Grand Meaulnes enfin terminé, Alain-Fournier part en promenade avec sa mère; passant devant le Panthéon, il lui dit: «Tu vois, un jour je serai là!». La guerre éclate l’année suivante, il part au front, il y meurt à 27 ans le 22 septembre et, de fait, si ses cendres n’y sont pas, son nom est au Panthéon, gravé sur une grande plaque de marbre, presque au début de la liste alphabétique des écrivains morts pour la France…" -- par Robert Lévesque, sur le site du Libraire, le portail du livre au Québec.



Le conte futur, de Paul Adam

Nouveauté: Le conte futur, de Paul Adam.

Le conte futur. (PDF) 98 ko.

"L’écrivain français Paul Adam (1862-1920), lié au naturalisme et au symbolisme, est de forte inspiration libertaire au moins jusqu’à l’affaire Dreyfus, où il commence à mettre en avant un nationalisme militariste qui l’éloigne quasi-définitivement de ses anciens amis. Oubliant ses critiques radicales de jeunesse, il fait même sur le tard l’éloge du colonialisme, qu’il propose presque comme utopie de remplacement! (...) Moins connus que les Lettres de Malaisie, d’autres écrits utopiques peuvent être évoqués: son Conte futur en 1893 semble également être un écrit antimilitariste, avec comme héros un ancien soldat qui abandonne ses idéaux de jeunesse pour proposer de vivre de manière harmonieuse et pacifiste." -- Ressources sur l'utopie, sur les utopies libertaires et les utopies anarchistes, dossiers de Michel Antony (site).



L'élixir de vie, de Jules Lermina

L'élixir de vie, un court récit fantastique de Jules Lermina.

L'élixir de vie. (PDF) 238 ko.

Jules Lermina (1839-1913) fut un journaliste engagé, du côté des républicains et des socialistes, ce qui lui valut un séjour en prison et le soutien de Victor Hugo. Il a publié L’ABC du libertaire. Son œuvre de fiction est particulièrement abondante, avec notamment des romans policiers, dont: Calvaire d’amour, Le Coeur des femmes, Les Loups de Paris, Les Mystères de New-York. Il a même publié une suite au Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Sur le tard, il s’intéressa aux sciences occultes dont sont inspirées certaines de ses nouvelles. -- D'après Wikipedia.


mardi 14 février 2006

Le diable au corps, de Raymond Radiguet

"Fils de journaliste et journaliste lui-même, Raymond Radiguet écrivit Le Diable au Corps à l’âge de 17 ans, 3 ans avant sa mort. Roman initiatique, roman à succès et, surtout, roman à scandale, Le Diable au Corps raconte, sur fond de guerre, les amours d’un jeune adolescent avec Marthe, mariée, et de trois ans son aînée..."

Vous pouvez télécharger et lire à l'écran le roman:

Le diable au corps. (PDF) 288 ko.

...ou bien télécharger en format MP3 les fichiers et en écouter une lecture qui en a été très bien fait sur Télérama Radio, la bande son de nos passions (site).



Émile Nelligan

Dans le Magazine Spectacles (vol. 4, no 1), consacré à Émile Nelligan, il y avait ce très beau texte d'un journaliste de La Patrie, Hervé de Saint-Georges, qui a rencontré le poète, lors de son internement à l'hôpital psychiatrique Saint-Jean -de-Dieu.

Tout le document. (PDF) 83 ko.

"J’ai causé avec un "mort"... un homme qui depuis trente-cinq ans est retranché du nombre des vivants et ne quitte plus l’enceinte de la petite ville qu’est Saint-Jean-de-Dieu, un homme qui eut trop de génie, mais dont la raison sombra dans une effroyable catastrophe alors qu’il avait à peine 18 ans... un poète qui aurait pu atteindre les plus hauts sommets si cette tragédie n’était venue mettre prématurément un terme à son œuvre... Émile Nelligan." -- extrait.

Et ce portrait que traçait Louis Dantin d'Émile Nelligan, du temps de sa jeunesse:

"Dans l'attitude, une fierté, d'où la pose n'était pas absente, cambrait droit le torse élégant, solennisait le mouvement et le geste, donnait au front des rehaussements inspirés et à l'oeil des éclairs apocalyptiques; - à moins que, se retrouvant simplement lui-même, le jeune dieu ne redevint le bon enfant, un peu timide, un peu négligé dans sa tenue, un peu gauche et embarrassé de ses quatre membres.


lundi 13 février 2006

Plus fort que Sherlock Holmès, de Mark Twain

Nouveauté: Plus fort que Sherlock Holmès, un recueil de nouvelles de Mark Twain, traduit de l'américain par François de Gail.

Plus fort que Sherlock Holmès. (PDF) 562 ko.

"Décrivant avec réalisme et sévérité la société américaine, Mark Twain est l’un des premiers auteurs à utiliser la langue parlée authentique des États du Sud et de l’Ouest. Souvent comparé à Stevenson et Dickens, il excelle particulièrement dans une peinture régionaliste de l’Amérique, c’est-à-dire réalisée par un "natif", parfaitement imprégné du vécu de l’endroit qu’il décrit." -- plus, sur Wikipedia.

Lien:

Mark Twain ou le triomphe du régionalisme, par Henry Wonham. "L'importance du terroir dans la littérature contemporaine des États-Unis", La société américaine. Revue électronique de l'Agence d'information des États-Unis, vol. 1, no 10, août 1996.

dimanche 12 février 2006

La deux fois morte, de Jules Lermina

La deux fois morte, un court récit fantastique de Jules Lermina.

La deux fois morte. (PDF) 267 ko.

La deux fois morte. (LIT) 173 ko.

Jules Lermina, né en 1839, a été journaliste; son républicanisme lui valut quelques séjours en prison. Il a écrit de très nombreux romans, dont deux suites au Monte-Cristo d'Alexandre Dumas. Plus d'info sur cette page.


samedi 11 février 2006

Notre coeur, de Guy de Maupassant

Nouveauté: Notre coeur, un roman de Guy de Maupassant.

Notre coeur. (PDF) 682 ko.

Notre coeur (1890) est le dernier roman publié du vivant de Maupassant. Il met en scène des gens du monde et des artistes. Il raconte l'histoire d'amour entre Mme de Burne et André Mariolle.

Maupassant a publié six romans et plusieurs centaines de contes ou nouvelles, des chroniques, quelques pièces de théâtre, de la poésie. "Il mène une vie luxueuse, possède une villa en Normandie et un yacht qu'il appelle Bel-Ami pour des croisières en Méditerrannée. Les troubles mentaux hérités de sa mère et les suites d'une syphilis assombrissent ses dernières années. En 1891, après une tentative de suicide, il est interné à la clinique du docteur Blanche à Passy, où il meurt en 1893." -- Bibliotheca augustana.


vendredi 10 février 2006

Paul Léautaud (2)

"On se souvient peut-être des dernières années de celui qui fut, des décennies durant, le Secrétaire du Mercure de France et, sous le nom de Maurice Boissard un critique de théâtre impitoyable. On conserve de cet homme l'image d'un vieil ermite rabougri et édenté au regard perçant et malicieux, le chapeau déformé, les habits en haillons et le chiffon autour d'un cou décharné. Clochard littéraire, on se remémore Paul Léautaud déambulant avec ses sacs remplis de nourriture pour ses bêtes dans les rues de Paris. On se souvient aussi de lui comme un être hargneux méprisant tellement les humains qu'il s'exila et transforma son pavillon de Fontenay-aux-Roses en refuge pour animaux abandonnés." -- Pierre Lalanne, sur ce beau billet.

Entre novembre 1950 et juillet 1951, sur ce qui s'appelait alors la Chaîne de Radiodiffusion française, Paul Léautaud accordait une série d'interviews au très patient Robert Mallet. Des extraits de ces interviews fabuleuses (pour ce que j'en ai écouté) ont été diffusés à l'émission Paysages littéraires.

Paul Léautaud: "J'ai dû avoir au moins 300 chats et 150 chiens. Pas tous à la fois. Mais ma moyenne c'était une trentaine de chats et une douzaine de chiens."

Léautaud s'apitoyait sur le sort des animaux mais se disait insensible à celui des humains. Extrait de ces entrevues:

Robert Malet. - Par exemple, quand il s'agit des enfants?
Paul Léautaud. - Oh, les enfants ne m'intéressent pas.
R. M. - Ils ne vous intéressent pas, et pourtant l'enfant est, chez l'homme, ce qui s'approche le plus de la pureté, de l'innocence...
P. L. - Non, non, non... l'enfant n'est pas bon...
R. M. - Je crois que si vous en aviez eu, vous auriez pensé le contraire.
P. L. - Je n'en sais rien.
R. M. - Si vous n'en savez rien, pourquoi affirmez-vous que l'enfant...
P. L. - Enfin! Je n'aime pas les enfants... et la procréation actuelle m'écoeure! (...) Je n'en veux pas, j'en ai jamais eu, et heureusement! (...) J'ai horreur des enfants!

Paul Léautaud avait 21 ans lorsqu’il entreprit la rédaction de son Journal littéraire, qui en fait ne parle pas que de littérature, et il le tint jusqu’à la veille de sa mort, le 22 février 1956.


jeudi 9 février 2006

Le français au micro

Le conseiller linguistique de la radio française de Radio-Canada, Guy Bertrand, présente depuis de nombreuses (combien?) années des capsules linguistiques à la radio de Radio-Canada. On peut les lire ici et même les écouter. En plus, le site est joliment illustré. J'ai toujours aimé ces capsules...



Le sifflet enchanté, conte d'Alexandre Dumas

Dans la version 4.0 du recueil de contes d'Alexandre Dumas, Histoire d'un casse-noisette et autres contes, on peut trouver un conte, qui fait penser à ceux des frères Grimm, Le sifflet enchanté, où un roi qui veut marier sa fille impose des tâches impossibles aux prétendants qui se présentent. Mais un pauvre berger bénéficie heureusement d'un sifflet enchanté...

Histoire d'un casse-noisette et autres contes. PDF. 1378 Ko. version 4.0

"La plupart de ces contes sont d’inspiration germanique, Dumas les a collectés lors du périple sur les bords du Rhin qu’il a effectué en 1838. Alors qu’il ne change pratiquement pas les éléments constitutifs de l’histoire (la similitude est grande jusque dans les détails), il s’approprie celle-ci en y ajoutant son style et son talent de conteur." -- Delphine Dubois, sur ce site très riche consacré à Alexandre Dumas.


mardi 7 février 2006

Quelques liens sur les contes

Voici une sélection de sites très beaux et très riches traitant des contes:

Un site magnifique: Contes irlandais.

Histoires, contes et légendes d'ici: Légendes et traditions autochtones, contes merveilleux, histoires d'animaux, contes de Noël...

Châteaux celtes et chimères: contes et légendes du Moyen Âge. "L'Europe barbare et païenne abritait, dit-on, beaucoup de dragons et bien d'autres créatures monstrueuses et malveillantes. Après la christianisation de l'Europe, Dieu envoya quelques bons chevaliers, des anges et même des jeunes femmes pour débarrasser par leur vaillance ou leur foi les campagnes des démons qui les désolaient."

Ygora.net: Paroles d'Oldwishes: contes du monde entier. "Le temps a passé. Les livres sont usés mais leurs récits sont éternels."


lundi 6 février 2006

Le cabaret du Chat noir - Marie Kryzinska

Le cabaret le Chat noir, haut lieu de la vie parisienne au 19ème siècle, a été fondé par Rodolphe Salis en 1881; point de rencontre du Tout-Paris et de la bohème, il réunissait des artistes, des écrivains, des peintres, dont Alphonse Allais, George Auriol, Aristide Bruant, Charles Cros, Albert Samain, Jean Richepin et Maurice Mac Nab. Ce fut un lieu remarquable d’innovation et d’improvisation. Le cabaret ferma ses portes en 1897.

Image ci-contre: Le Chat noir en 1906.

Rodolphe Salis, l’âme du cabaret, publiera aussi une revue qui parut pendant plus de dix ans (1882-1895). En 1912, un recueil de textes parus dans la revue est publié à la Librairie Ollendorf. Cette nouvelle de Marie Kryzinska est tiré de ce recueil.


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dimanche 5 février 2006

Paul Léautaud (1)

Paul Léautaud n'a pas tenu de blogue, c'est bien évident, mais il a tenu un journal, et par bien des côtés, ça tient un peu du blogue. D'ailleurs, il avait une idée sur ces gens:

"Qu'est-ce qu'un homme qui tient un journal? Un bavard, un collectionneur de propos, d'anecdotes... Cela ne requiert aucun talent, rien d'un créateur, autant dire un zéro."

Stéphane Lépine, qui animait il y a quelques années (à l'époque où il y avait des émissions culturelles dignes de ce nom à la radio de Radio-Canada) une émission littéraire à la chaîne culturelle, Paysages littéraires; il avait consacré quatre émissions à Paul Léautaud. Il présente ainsi le journal de l'écrivain:

"L'oeuvre maîtresse de Paul Léautaud, vous le savez, qui a une valeur à la fois historique et littéraire, demeure sans contredit son journal littéraire. Un journal qui propose toute une galerie de portraits, de ceux principalement qui ont fréquenté le fameux Mercure de France, c'est-à-dire Marcel Schwob, Valéry, Duhamel, Léon-Paul Fargue, Giraudoux, Sacha Guitry, Apollinaire... combien d'autres? Toujours les descriptions sont minutieuses, les réflexions perspicaces, réalistes, les jugements tranchés et l'admiration... plutôt rare. Mais le journal littéraire de Paul Léautaud décrit également la vie de son auteur. Fidèle à lui-même, il a jugé au cours de sa vie, son être, son oeuvre, avec toujours la même sincérité inflexible. Son but, il a souvent eu l'occasion de le répéter, ce n'était pas de faire de la littérature, mais de transformer ce qu'il vivait en matière littéraire."

Le journal de celui qui disait: "Je m'en aperçois de plus en plus, une seule chose m'intéresse: moi", fait autour de 10,000 pages. Mais il existe un choix de pages du journal qui a été publié en 1998 au Mercure de France.

Image ci-dessus: Henri Matisse, Portraits de Paul Léautaud, 1946.


samedi 4 février 2006

Ah! le bonheur!

Tiré de: Vivre heureux: psychologie du bonheur, de Christophe André, aux éditions Odile Jacob.

"Au XIXe siècle, le romantisme imposa le chic du malheur. 'Le malheur cesse alors d'être un état d'âme pour devenir une histoire', et ainsi se constitue une mythologie du malheur, dont les effets vont se prolonger jusqu'à nos jours. Le spleen et la tristesse sont alors peu à peu considérés comme des preuves de grandeur d'âme et de noblesse morale. D'ailleurs, une des raisons pour lesquelles les Américains nous irritent parfois par leur culture de l'optimisme et du 'positif' tient peut-être à cette différence d'héritage: les États-Unis n'ont pas connu la vague romantique avec la même intensité que le vieux continent. / D'un côté donc, le bonheur superficiel et vide, de l'autre le malheur, plein et profond..." (p. 174)

Christophe André écrit que c'est au XIXe siècle que la haine du bonheur a fait son apparition, grâce (!), entre autres, à Nietzsche, qui fit du bonheur "un but mesquin d'homme faible".

Et l'auteur de dresser les "sept péchés capitaux", ou idées toutes faites sur le bonheur, dont: Le bonheur rend mou et médiocre; le bonheur rend égoïste et le bonheur est vulgaire.

Christophe André cite Baudelaire et Flaubert.

Baudelaire, dans une lettre à Jules Janin: "Vous êtes heureux. Je vous plains, Monsieur, d'être si facilement heureux. Faut-il qu'un homme soit tombé bas pour se croire heureux!... Je vous plains, et j'estime ma mauvaise humeur plus distinguée que votre béatitude."

Flaubert: "Il y a des satisfactions bourgeoises qui dégoûtent, et de ces bonheurs ordinaires dont la vulgarité me répugne."

Christophe André s'en prend à cette idée qui lie le bonheur avec "l'autosatisfaction, la tiédeur et la créativité". "J'ai vu, dit-il, en tant que psychiatre, trop de personnes souffrir sans que cela ajoute une once à leur créativité (...) pour accepter ce point de vue sans le nuancer."

Christophe André est médecin psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris.


vendredi 3 février 2006

Louis Hémon

Lorsqu'il séjournait à Péribonka, Louis Hémon correspondait avec sa soeur, restée en Bretagne. Voici un extrait amusant d'une lettre qu'il écrivit, le 5 septembre 1912:

«Cela n’empêche pas que nous sommes hautement civilisés, ici à Péribonka. Il y a un petit bateau à vapeur qui vient au village tous les deux jours, quand l’eau est navigable. Si le bateau se mettait en grève il faudrait pour aller au chemin de fer à Roberval faire le tour par la route du tour du lac, c’est-à-dire quatre-vingts kilomètres environ.
«Ce qui me plaît ici, Poule, c’est que les manières sont simples et dépourvues de toute affectation. Quand on a quelque chose dans le fond de sa tasse on le vide poliment par-dessus son épaule; et quant aux mouches dans la soupe il n’y a que les gens des villes, maniaques, un peu poseurs, qui les ôtent. On couche tout habillé, pour ne pas avoir la peine de faire sa toilette le matin, et on se lave à grande eau le dimanche matin. C’est tout.»


À propos, encore, de Maria Chapdelaine, il n'y a pas eu que Clarence Gagnon qui a illustré magnifiquement ce roman. Il faut voir quelques très belles illustrations de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, pour une édition du roman en 1916. C'est ici.


jeudi 2 février 2006

Marjolaine (Justa Leclerc)

Justa Leclerc (1874-1942) a été journaliste et auteure. Elle a été rédactrice de la page féminine de La Patrie, a collaboré à La Presse, à la Vie Canadienne et à La Revue Moderne. Sous le pseudonyme de Marjolaine, elle a publié plusieurs recueils de contes, dont Contes pour enfants canadiens, En veillant, Au coin du feu, Contes pour les petits de chez nous et même un roman pour enfants.
"Dans ses écrits, Marjolaine n'a qu'un but: faire du bien à ses jeunes lecteurs en leur apprenant à aimer la vie, à la vivre pleinement et utilement, et à développer en eux l'amour du beau, du bien et de la vérité." -- Claude Bélanger, Marianopolis College.
Elle a aussi publié un recueil de chroniques, Gerbes d'automne (Beauchemin, 1929), dont est tiré le conte suivant:


La légende de la source

La première, Suzanne se pencha sur la source limpide qui refléta sa joliesse de blonde.

– La belle source!

– Tu connais sa légende, Zanne! demanda Jeanne dont maintenant le sourire se mirait près du sien dans l’eau cristalline.

– Une légende d’autrefois qui ne se raconte presque plus hélas! dit Monique penchée à son tour au-dessus de l’onde souriant au groupe gracieux.


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mercredi 1 février 2006

La vie errante, de Maupassant

Nouveauté: La vie errante, un récit de voyages de Guy de Maupassant: la côte italienne, la Sicile et la Tunisie.

La vie errante. (PDF) 525 ko.

"Son œuvre est marquée par l'ambivalence: la Seine des canotiers est celle aussi des suicidés, les belles brasseries accueillent des solitaires désespérés; l'amour se retourne en dérision; d'autre part l'obsession de l'enfant illégitime parcourt récits et romans. Comme Sade, dont il est grand lecteur, Maupassant pense que la nature nous veut du mal. Cette vision du monde mène tout naturellement au fantastique, un fantastique vraisemblable, fondé sur le désarroi intérieur, le doute sur l'identité. Il serait faux d'attribuer à la névrose de l'écrivain ces récits, qui sont en pleine continuité avec les autres et qu'il maîtrise d'ailleurs parfaitement. Miroir, chevelure, eau des rivières, font naître dans son œuvre les forces mauvaises du double, confirment le caractère illusoire de l'amour, mènent au suicide, à la folie. Mais c'est bien le "fou", le suicidé, qui sont lucides, ayant compris toute l'horreur de notre destin." -- Maupassant, par Marie-Claire Bancquart, professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne.


 

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