Ah! le bonheur!
Par Jean-Yves Dupuis, samedi 4 février 2006 à 08:13 :: General :: #267 :: rss
Tiré de: Vivre heureux: psychologie du bonheur, de Christophe André, aux éditions Odile Jacob."Au XIXe siècle, le romantisme imposa le chic du malheur. 'Le malheur cesse alors d'être un état d'âme pour devenir une histoire', et ainsi se constitue une mythologie du malheur, dont les effets vont se prolonger jusqu'à nos jours. Le spleen et la tristesse sont alors peu à peu considérés comme des preuves de grandeur d'âme et de noblesse morale. D'ailleurs, une des raisons pour lesquelles les Américains nous irritent parfois par leur culture de l'optimisme et du 'positif' tient peut-être à cette différence d'héritage: les États-Unis n'ont pas connu la vague romantique avec la même intensité que le vieux continent. / D'un côté donc, le bonheur superficiel et vide, de l'autre le malheur, plein et profond..." (p. 174)
Christophe André écrit que c'est au XIXe siècle que la haine du bonheur a fait son apparition, grâce (!), entre autres, à Nietzsche, qui fit du bonheur "un but mesquin d'homme faible".
Et l'auteur de dresser les "sept péchés capitaux", ou idées toutes faites sur le bonheur, dont: Le bonheur rend mou et médiocre; le bonheur rend égoïste et le bonheur est vulgaire.
Christophe André cite Baudelaire et Flaubert.
Baudelaire, dans une lettre à Jules Janin: "Vous êtes heureux. Je vous plains, Monsieur, d'être si facilement heureux. Faut-il qu'un homme soit tombé bas pour se croire heureux!... Je vous plains, et j'estime ma mauvaise humeur plus distinguée que votre béatitude."
Flaubert: "Il y a des satisfactions bourgeoises qui dégoûtent, et de ces bonheurs ordinaires dont la vulgarité me répugne."
Christophe André s'en prend à cette idée qui lie le bonheur avec "l'autosatisfaction, la tiédeur et la créativité". "J'ai vu, dit-il, en tant que psychiatre, trop de personnes souffrir sans que cela ajoute une once à leur créativité (...) pour accepter ce point de vue sans le nuancer."
Christophe André est médecin psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris.

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