Paul Léautaud (2)
Par Jean-Yves Dupuis, vendredi 10 février 2006 à 00:11 :: General :: #273 :: rss
"On se souvient peut-être des dernières années de celui qui fut, des décennies durant, le Secrétaire du Mercure de France et, sous le nom de Maurice Boissard un critique de théâtre impitoyable. On conserve de cet homme l'image d'un vieil ermite rabougri et édenté au regard perçant et malicieux, le chapeau déformé, les habits en haillons et le chiffon autour d'un cou décharné. Clochard littéraire, on se remémore Paul Léautaud déambulant avec ses sacs remplis de nourriture pour ses bêtes dans les rues de Paris. On se souvient aussi de lui comme un être hargneux méprisant tellement les humains qu'il s'exila et transforma son pavillon de Fontenay-aux-Roses en refuge pour animaux abandonnés." -- Pierre Lalanne, sur ce beau billet.Entre novembre 1950 et juillet 1951, sur ce qui s'appelait alors la Chaîne de Radiodiffusion française, Paul Léautaud accordait une série d'interviews au très patient Robert Mallet. Des extraits de ces interviews fabuleuses (pour ce que j'en ai écouté) ont été diffusés à l'émission Paysages littéraires.
Paul Léautaud: "J'ai dû avoir au moins 300 chats et 150 chiens. Pas tous à la fois. Mais ma moyenne c'était une trentaine de chats et une douzaine de chiens."
Léautaud s'apitoyait sur le sort des animaux mais se disait insensible à celui des humains. Extrait de ces entrevues:
Robert Malet. - Par exemple, quand il s'agit des enfants?
Paul Léautaud. - Oh, les enfants ne m'intéressent pas.
R. M. - Ils ne vous intéressent pas, et pourtant l'enfant est, chez l'homme, ce qui s'approche le plus de la pureté, de l'innocence...
P. L. - Non, non, non... l'enfant n'est pas bon...
R. M. - Je crois que si vous en aviez eu, vous auriez pensé le contraire.
P. L. - Je n'en sais rien.
R. M. - Si vous n'en savez rien, pourquoi affirmez-vous que l'enfant...
P. L. - Enfin! Je n'aime pas les enfants... et la procréation actuelle m'écoeure! (...) Je n'en veux pas, j'en ai jamais eu, et heureusement! (...) J'ai horreur des enfants!
Paul Léautaud avait 21 ans lorsqu’il entreprit la rédaction de son Journal littéraire, qui en fait ne parle pas que de littérature, et il le tint jusqu’à la veille de sa mort, le 22 février 1956.

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