Knut Hamsun (1)
Par Jean-Yves Dupuis, samedi 18 février 2006 à 13:24 :: General :: #289 :: rss
S'il y a un auteur que j'ai toujours lu avec les plus grands délices, c'est bien le norvégien Knut Hamsun, et parmi ses plus beaux livres, il y a Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949). Hamsun avait presque quatre-vingt-dix ans lors qu'il écrivit ce récit autobiographique; c'était immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, les Allemands avaient occupé la Norvège, et Hamsun... s'était rangé du côté des Allemands. Mais les prises de positions, certes malheureuses, de Hamsun, n'ont rien à voir avec celles d'un "salaud" comme Louis-Ferdinand Céline, ou même celles de Paul Léautaud. Hamsun avait des vues bien plus nobles, et pendant la guerre il n'est pas resté indifférent au sort de son peuple.Après la guerre, lorsqu'il est interné, jugé et condamné, Hamsun cependant ne s'accuse de rien, ne laisse jamais transparaître le sentiment d'une faute. À la manière de Nagel, le héros de l'un de ses plus célèbres romans, Mystères, son comportement reste déroutant. "J'ai la paix, écrit-il, mon esprit est pur et ma conscience libre."
Pourtant, c'était bien lui qui, après la mort de Hitler, avait publié cette nécrologie insensée dans un journal norvégien:
Extraits: "Je ne suis pas digne de parler à voix haute d'Adolf Hitler, et sa vie et ses actes n'invitent à aucun attendrissement sentimental. Ce fut un guerrier, qui fit la guerre pour l'humanité, et un annonciateur de l'Évangile de Justice pour toutes les nations. Ce fut un réformateur du plus haut rang, et son destin historique fut tel qu'il vécut dans une époque d'une cruauté sans exemple, qui finalement l'abattit. C'est ainsi que les Européens de l'Ouest doivent voir Adolf Hitler, et nous autres, ses disciples, nous courbons maintenant la tête devant sa mort."
Sur les sentiers où l'herbe repousse contient, en plus du très beau journal de Hamsun, une longue préface de Manès Sperber, et une étude de Régis Boyer, Pour l'amour du viking, où, dit-il, il essaie de "proposer une clef" aux aberrantes prises de positions du grand Norvégien. Ces deux textes à eux seuls vaudraient bien l'achat du livre.

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