"le livre demeure un produit trop cher"
Par Jean-Yves Dupuis, mardi 19 décembre 2006 à 00:01 :: General :: #522 :: rss
"La bonne santé du livre de poche dépend toujours d’une tendance économique et historique. «Si l’on voit apparaître les ancêtres du livre de poche au milieu du XIXe siècle, ce n’est pas un hasard, explique Jean-Yves Mollier, professeur des universités. C’est le moment précis où le livre se démocratise.» En 1838, le prix moyen d’un livre, c’est 15 francs de l’époque, ce qui équivaut à 80 euros d’aujourd’hui, soit un produit réservé à une élite. Dix-sept ans plus tard, en 1855, le prix moyen est tombé à 1 franc, soit environ 4,50 euros. Cent ans plus tard, en 1953, c’est la naissance du Livre de poche, avec Koenigsmark, de Pierre Benoit, lancé par Henri Filipacchi, au moment où la France s’ouvre à la société de consommation. (...)"Cinquante ans plus tard, qu’en est-il au juste ? Si l’année 2005 apparaît comme atypique et incertaine pour l’édition en général, le livre de poche, lui, se porte bien. Pour M. Mollier, «la principale raison de son succès, c’est qu’il continue d’être offert à un prix raisonnable». Aujourd’hui, les jeunes achètent quasi exclusivement des poches: les ouvrages prescrits par les professeurs, mais aussi les livres de jeunesse, les mangas ou le genre fantasy. (...)
"Reste que «le livre demeure un produit trop cher, ce qui explique, selon M. Mollier, les raisons fondamentales du succès du poche». Dans ces conditions, l’avenir du livre dans une société de masse repose sur la capacité de l’édition à créer des poches de qualité, à un prix abordable. Si à l’origine, le poche est un format destiné à assurer au livre sa deuxième vie, Jean-Yves Mollier anticipe comme tendance forte pour l’avenir «un véritable essor de l’inédit, y compris en littérature», domaine jusqu’à présent plutôt épargné. Par ailleurs, conclut-il, «toutes collections confondues, la part du poche devrait aller croissant». A. B.-M.
Source: Le Monde, 10 mars 2006.

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