Claude Hagège: l'anglais vs le français
Par Jean-Yves Dupuis, jeudi 25 janvier 2007 à 01:07 :: La langue :: #600 :: rss
Le linguiste Claude Hagège est professeur au Collège de France; il est l'auteur de nombreux livres sur la langue et les langues. Il a publié, notamment, le Français, histoire d'un combat, L'Enfant aux deux langues, Le Français et les siècles et Halte à la mort des langues. Extraits d'un entretien qu'il accordait à Pascale-Marie Deschamps, en 2002, et dont les propos sont repris sur le site Défense de la langue française (DLF):"Sur un plan strictement linguistique, rien ne prédispose une langue à l'emporter sur une autre. La facilité de l'anglais telle que peut le percevoir le public est à cet égard une absurdité totale. Aux yeux d'un linguiste professionnel, l'anglais est l'une des langues les plus difficiles du monde. Sa domination actuelle est avant tout l'expression de la suprématie économique et politique des États-Unis et du monde anglophone en général. Elle n'a donc intrinsèquement rien de fatal ni d'irréversible."
"Mais, contrairement à ce que l'on croit, jamais le français n'a été autant parlé qu'aujourd'hui et c'est un signe positif très encourageant. À l'époque classique, le français était la langue des élites européennes, celle des cours et de l'aristocratie. Mais le malheureux paysan qui travaillait durement pour son monarque ou pour son noble ne parlait pas un mot de français et s'en moquait complètement. Aujourd'hui, le français est répandu bien au-delà de la seule Europe et en plus, il se démocratise. L'exigence puriste qui lui a nui beaucoup plus qu'elle ne l'a servi est heureusement en train de disparaître. Car l'une des raisons de la forte diffusion de l'anglais est qu'il est perçu comme plus démocratique que le français."
Dans cet autre entretien, sur le Forum franco-allemand, Claude Hadège se dit favorable à l'enseignement aux enfants très tôt de deux langues en plus de leur langue maternelle:"Je considère que le seul avenir possible pour l'Europe c'est le multilinguisme, c'est l'une des thèses principales du Souffle de la langue et aussi d'un livre antérieur, L'enfant aux deux langues; le titre de ce dernier livre est par définition destiné à suggérer que le secret réside dans l'éducation scolaire. Le bilinguisme scolaire précoce, c'est-à-dire l'enseignement aux enfants très tôt de deux langues en plus de leur langue maternelle, est pour moi une nécessité. Si on introduit une réforme rendant obligatoire l'apprentissage de deux langues en plus de leur langue maternelle dès l'école primaire (lorsque l'enfant a entre 5 et 7 ans), le principal problème disparaîtra, à savoir que si les familles choisissent prioritairement l'anglais, elle devront également choisir une autre langue. En revanche, si une seule langue obligatoire est instituée dans l'enseignement primaire précoce, alors ce sera l'anglais parce que cette langue sera naturellement choisie de manière majoritaire par les familles, ce qui engendrera la mort progressive des autres langues. Pour ces raisons, je suis donc favorable à un bilinguisme précoce et j'énumère même dans L'enfant aux deux langues les noms de ces langues qui sont principales en Europe: l'italien, l'espagnol, le portugais, le français et l'allemand, en plus de l'anglais dont la présence est, hélas, très forte."
En 2006, le même Claude Hagège, en entretien dans le magazine Voir, affirmait que la loi 101 du Québec devrait être un modèle linguistique pour les Français et les francophones d'Europe:"À une époque où les Européens, notamment les Français, sont de plus en plus obnubilés par la culture américaine et la langue anglaise, je pense sincèrement que la loi 101, et le comportement exemplaire des Québécois en matière linguistique, non seulement peut, mais doit servir de modèle à tous les francophones d'Europe. J'ai toujours dit que les Québécois étaient un modèle à suivre puisque un îlot de quelque 7 millions de francophones immergé dans un océan de quelque 260 millions d'anglophones canadiens et américains, c'est une situation absolument intenable et dramatique. Sans la loi 101, le français serait sans doute mort aujourd'hui au Québec. Pour le Français et l'Européen que je suis, la loi 101 est naturellement un modèle. Les activités néologiques, activités intenses de traduction de tous les mots techniques par des commissions de terminologie québécoises, sont aussi un modèle à suivre. En France, nous sommes aujourd'hui dans une situation honteuse."
Lire aussi: «Une certaine manière de concevoir et de dire le monde»: entretien avec Claude Hagège, propos recueillis par Anne Rapin, en 1996.
Ouvrages de Claude Hagège aux éditions Odile Jacob.
D'autre part, sur un autre plan, Pierre Assouline, sur son blog(ue), fait état d'une accusation de plagiat porté par George Steiner à l'égard de Claude Hagège.

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