Arturo Perez-Reverte
Par Jean-Yves Dupuis, vendredi 26 janvier 2007 à 02:50 :: General :: #606 :: rss
J'ai déjà parlé ici d'Arturo Perez-Reverte, dont le dernier roman, Le peintre de batailles, vient d'être publié en français, dans une traduction de François Maspero, au Seuil, roman dans lequel il nous fait part de son expérience de correspondant de guerre. Arturo Perez-Reverte est interviewé dans le supplément Livres du journal Le Monde d'aujourd'hui. Extraits de cet entretien tout à fait dérangeant:"Un jour, à Sarajevo, une bombe est tombée dans la rue, juste à côté de nous. Il y avait un enfant, éventré mais encore vivant. On l’a filmé, puis on l’a pris dans la voiture pour l’emmener à l’hôpital, en tâchant de le maintenir en vie. Arrivés là-bas, il était mort. On est repartis et pendant les trois jours qui ont suivi, je n’ai pas trouvé d’eau pour me laver. Tout ce temps, je suis donc resté avec le sang de cet enfant sur mes vêtements, sous mes ongles. Après ça, quand on voit un enfant dans la rue, comme j’en ai vu aujourd’hui à Paris, on ne peut plus jamais le regarder de la même manière. Ça change votre regard. Il n’est ni mieux ni moins bien, juste différent."
"Je sais que tout le monde peut faire n’importe quoi, dans certaines circonstances. Vous, moi. Vous avez juste la chance que les événements ne vous aient jamais poussée à tuer. Certaines situations nous permettent d’oublier que le monde est ce qu’il est, ou de le supporter, mais ça ne change pas la nature des choses. La géométrie de l’horreur nous entoure. On peut arranger le petit morceau de terre qui se trouve autour de nous pour le rendre plus habitable, mais ça n’empêchera pas un volcan de se réveiller ailleurs, le même jour. Chaque Titanic a son iceberg qui l’attend."
Supplément Livres du Monde (26 janvier 2007), au format PDF.

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