La Bibliothèque électronique du Québec

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dimanche 31 décembre 2006

Ici et là

Les 20 meilleures livres de l'année selon Lire. En tête de liste, Les Bienveillantes de Jonathan Littell. C'est très français, comme on pouvait s'y attendre. - Par ailleurs, le magazine a préparé un numéro hors-série: Tintin, les secrets d'une oeuvre.

Tintin, sur le site de l'Express. Ou bien encore, tout Tintin.

Louis Hémon était bien connu pour son opportunisme et sa fréquentation de milieux libertaires. Ce n'est pas moi qui le dis. C'est écrit dans Wikipedia. Heureusement il a été demandé de vérifier cet article, mais ça ne semble pas aller très vite car j'étais allé sur la page il y a assez longtemps et à peu près rien n'a été changé depuis. Sur le forum, quelqu'un (rien n'est signé sur Wikipedia et on ne sait jamais d'où ça vient) a laissé un long commentaire, qui me semble beaucoup plus intéressant que l'article même. Extrait: "Hémon n'écrivait pas des romans autobiographiques. Il décrivait ce qu'il voyait, entendait. Il allait sur place pour faire enquête en quelque sorte. Comment aurait-il pu passer sous silence la pratique religieuse de l'époque? Il la décrit sans la condamner. Il comprend le besoin de sacré chez ces paysans perdus au bout du monde habité."

Qu'ont en commun Jonathan Littell, Nancy Huston, Andreï Makine, Alain Mabanckou et Léonora Miano? Eh bien, ils ne sont pas français, mais ils écrivent en français, apportant un souffle d'ailleurs dans la littérature.

Sur NouvoLivrActu, Lorenzo Soccavo prévoit que 2007 sera l'année du e-paper. Du quoi? Ça. Hum, j'ai des doutes.

Les journaux, entre autres La Presse, font grand cas de ce que le titre du septième et vraisemblablement dernier tome des Harry Potter soit maintenant connu: Harry Potter and the Deathly Hallows. On a même lancé des paris: qui va tuer Harry Potter? Mais personne, je crois, n'a encore parié sur le temps que ça va prendre pour que le livre se retrouve, en français comme en anglais, sur les réseaux P2P.


vendredi 29 décembre 2006

Ici et là

C'est assez désespérant de l'écouter parler, mais ce qu'il dit est intéressant. Et à propos de Mauriac, un livre que j'ai lu et relu, un des plus beaux, en fait, que j'ai lu: Le sagouin, un roman très court, presque parfait.

Le seul livre-papier que j'aurai lu en 2006, et je n'ai pas terminé: L'éveil de la glèbe, de Knut Hamsun.

Qui a mis le feu à Montréal? Il y a bel et bien eu des esclaves noirs dans la Nouvelle-France de 1734. Une exposition se tient jusqu'au 25 mars au Centre d'histoire de Montréal. Le genre d'histoire que l'on n'apprend pas à l'école.

Envie de vous lancer dans l'aventure de l'édition à compte d'auteur? Lisez ce billet d'un blogueur avec une drôle de gueule.

Denis Boucher a, entre bien des choses, publié des romans d'aventure pour les jeunes aux éditions Paulines; sur son blogue, il rend disponible gratuitement et en ligne des romans d'aventure, ceux-là non encore publiés: Le trésor du vieux moulin, Deux Pee-Wee chez les Pros et L'abominable homme du Nord.

Ça manque de sexe sur ce blogue? Eh bien, faut consulter la section livre de Sexe, love'n gaudriole.

Pierre Assouline, à qui on demandait s'il était préoccupé par le fait qu'il y ait moins d'émissions littéraires à la télé: "Il y a quelques années, quand il s'agissait de trouver un successeur à Bernard Pivot, je trouvais cela préoccupant. Mais vu l'évolution de la télévision, je me dis que ce n'est pas grave. Aujourd'hui, elle est devenue le vecteur de promotion de ceux qui ont signé des livres, pas de la littérature." -- (tout l'interview)

Quelques écrivains disparus en 2006:

4 janv.: Irving Layton, 93 ans.
30 avril: Jean-François Revel, 82 ans.
21 juin: Jacques Lanzmann, 79 ans.
23 juillet: Jean-Paul Desbiens, 79 ans.
30 août: Naguib Mahfouz (né en 1911).
11 oct.: Jacques Sternberg (né en 1923).
30 sept.: André Schwarz-Bart, 78 ans.
3 nov.: Bernard Frank, 77 ans.
7 nov.: Jean-Jacques Servan-Schreiber, 82 ans.
14 nov.: Bertrand Poirot-Delpech, 74 ans.


jeudi 28 décembre 2006

«Arrête de lire, tu vas t'abîmer les yeux!»

Josée Boileau, en éditorial, dans Le Devoir:

"Les médias, électroniques en particulier, savent de moins en moins causer littérature, et peu d'écrivains québécois ont acquis le statut de stars -- ce qui est révélateur tant notre petit monde culturel carbure à la vedettisation. Et personne ne s'étonnera au Québec que quelqu'un dise, sans en être gêné, «je n'ai jamais lu un livre au complet», comme répondait récemment un hockeyeur francophone de talent, interrogé sur ses goûts. Ce ne sont pourtant pas les ouvrages qui manquent sur le marché!"


mercredi 27 décembre 2006

La méchanceté

Dans Le Devoir d'aujourd'hui:

"De Néron à Hitler en passant par Machiavel, la méchanceté est partout et de tout temps. Loin d'avoir appris de ses erreurs, l'humanité semble poursuivre son enlisement dans ce gouffre profond, voire y prendre plaisir. Sommes-nous vraiment méchants? Oui, déclare le sociologue Michel Fize. Un acte conscient et intentionnel commis en toute lucidité dans le but de faire délibérément du tort, voilà l'essence même de la méchanceté, croit l'auteur." (Texte intégral)

Le sociologue français Michel Fize, qui vient de publier Mais qu'est-ce qui passe par la tête des méchants?, aux éditions de l'Homme, est spécialiste des questions de l’adolescence, de la jeunesse et de la famille; il a publié de nombreux ouvrages et articles. De plus, il participe régulièrement à des émissions de radio et de télévision.

Le titre de l'article dans Le Devoir (Éloge de la méchanceté) est particulièrement mal choisi; en dédicace à son livre, Michel Fize écrit ceci, qui n'est rien moins qu'un éloge:

"S'il est aujourd'hui de bon ton, et même recommandé d'être méchant, je préfère, je vous l'avoue, que l'on me tienne pour un “gentil” homme. Je n'aime pas la méchanceté qui avilit et pourrit la vie des hommes. Mais pourquoi donc cette omniprésence de la volonté de nuire, de blesser? Quels en sont les bénéfices pour le méchant? Dans ce livre, je tente de comprendre les ressorts de cette méchanceté dominante, d’en décortiquer le redoutable mécanisme, d’en étudier les conséquences psychologiques et sociales. Non, nous ne devons pas renoncer à la bienveillance et à la générosité qui grandissent l'homme. Entre bonté et méchanceté il faut choisir. J'ai choisi."



mardi 26 décembre 2006

Maria Chapdelaine

En 1933, les éditions de Morney, à Paris, ont fait paraître une édition de Maria Chapdelaine, le roman de Louis Hémon, illustrée par le peintre québécois Clarence Gagnon. Cette édition présentait 54 gouaches; l'illustrateur y a travaillé pendant plus de trois ans. Ces magnifiques illustrations contribuent à faire de cette édition la plus prestigieuse de ce roman.

Déjà disponible, j'ai repris cependant le roman de Hémon, qui comprenait plus de la moitié des illustrations du peintre, mais avec une meilleure mise en page et quelques corrections dans le texte.

Maria Chapdelaine. PDF. 734 Ko.
Maria Chapdelaine. Illustré. PDF. 1533 Ko.


lundi 25 décembre 2006

Contes de Noël

Les sites présentant des contes de Noël ne manquent pas sur le web. Cependant celui-ci se démarque: on y présente des contes de Robert Soulières, tirés du recueil Le coffret des petits rats, publié aux éditions Erpi. Bien sûr, cela s'adresse à de jeunes enfants. Et on peut les écouter, ces contes, pas seulement lire. Joliment fait.

Le 24 décembre de l'an dernier, je présentais une sélection de contes de Noël, tirés de recueils présents sur le site de la Bibliothèque et librement téléchargeable. La sélection est encore tout à fait valable. Et c'est ici.

Bibliothèques et Archives nationales du Québec représente encore cette année ses Noëls d'antan: trésors de la collection patriomoniale québécoise: un conte lu par tante Lucille, des images d'antan, des chansons aussi...

Ce conte de Noël d'Andersen, le conteur danois, est pas mal: Le sapin.


dimanche 24 décembre 2006

Louis-Ferdinand Céline

"Céline, c’était aussi une gueule, une allure, une démarche. Sa voix, si singulière, s’entend aussi bien dans ses livres que dans ses photos. Sa période Meudon, qui correspond aux dix dernières années de sa vie (1951-1961), a été l’occasion de nombreux reportages. Le reclus ouvrait volontiers sa porte à qui voulait bien l’entendre déverser sa bile contre ses contemporains." -- Tiré d'un billet de Pierre Assouline. Et au moment d'écrire ceci, 196 personnes (ouf!) avait laissé des commentaires, et pas seulement des inepties, comme dans beaucoup de blogues.

Et pour voir la bête, "ce salaud de génie", a dit Michel Leyris, il y a cette vidéo où il est interviewé pour la télé française, ou encore cette autre tournée en 1957.



samedi 23 décembre 2006

Baudelaire - Ferré - Dali

Les Bijoux, poème de Baudelaire, chanté par Léo Ferré, avec en toile de fond des peintures de Salvator Dali.




"Il n’arrivera strictement rien!"

Jean Simard, dans Répertoire, publié en 1961:

"Il est aisé de prédire ce qui va se passer dans mon pays, durant les mois à venir – il n’arrivera strictement rien!

"Les braillards de Droite vont continuer de crier sus au laïcisme, ceux de Gauche d’invectiver les curés. Les petites revues vont s’obstiner à paraître pour cent lecteurs, les expositions de peinture à se dérouler devant le même public de cinquante habitués, nos livres à être publiés au milieu de l’indifférence générale. [...] Un été torride et court va succéder au printemps hâtif, lequel sera suivi d’un bel automne – gâté, il est vrai, par la perspective d’encore un autre hiver interminable."


jeudi 21 décembre 2006

Yvon Deschamps

Yvon Deschamps, interrogé par Stanley Péan, sur le site du Libraire, à propos du Montréal de son enfance:

"Chaque quartier était un village. On n’en sortait pas, sauf pour aller au centre-ville dans les grands magasins ou les cinémas, lorsqu’on avait seize ans. Sinon, on avait tout ce qu’il nous fallait dans notre quartier: notre cinéma, notre rue principale, nos écoles. L’univers de Tremblay est à la fois proche et totalement différent de celui de mon enfance. À Saint-Henri, nous étions différents des gens du Plateau du fait que nous côtoyions des Anglais, des Irlandais et des Italiens. Le quartier était plus multiculturel. Et puis, nous avions aussi dans notre paysage quelque chose qui n’existait nulle part ailleurs: des Noirs anglophones! (rires)"

Et Deschamps rappelle que les gens, à l'époque, n'étaient pas du tout fiers, à la sortie du roman de Gabrielle Roy, Bonheur d'occasion, qui mettait en scène le quartier Saint-Henri. "Ils ont été insultés. Gabrielle Roy avait mis à jour la pauvreté; les gens se disaient que ce n’était pas mieux ailleurs, alors pourquoi insister là-dessus?"



mercredi 20 décembre 2006

Le Robinson suisse

Nouveauté: Le Robinson suisse, un roman de Johann David Wyss, ouvrage paru en allemand en 1812 et ici présenté en deux volumes.

La famille Robinson décide de quitter sa Suisse natale pour aller s'installer en Australie. Mais pendant le voyage, leur bateau est pris dans une tempête, et ils s'échouent sur une île déserte. Le père, la mère et leurs quatre garçons sont les seuls rescapés du naufrage, et ils vont devoir apprendre à vivre seuls, loin de la civilisation, avec quelques rares objets qu'ils ont réussis à rapporter du bateau. L'île est cependant une sorte de paradis terrestre, où la vie est facile et la nourriture abondante; le plus grand danger, en fait, que courent les membres de cette famille est l'arrivée d'un énorme boa, mais il est éliminé rapidement, sans grands dommages.

Le Robinson suisse I. PDF. 1041 Ko.
Le Robinson suisse II. PDF. 1032 Ko.

Le livre est très moralisateur, et a très clairement un objectif pédagogique. Comme le dit l'auteur, à l'intérieur même de son roman, "l’idée fondamentale du livre... a pour but de montrer comment la vie de famille pieuse et active peut développer les facultés d’un jeune homme et le mettre en état de jouer son rôle dans la grande société humaine, où sa place est marquée par la Providence."

La vie est tranquille sur cette île, et ce qui ressort, c'est le ton résolument optimiste et moralisateur du livre. Le père, un phraseur qui connaît tout sur tout, ne manque jamais une occasion de faire la leçon à ses quatre fils et à sa femme. Aussi, ce qui est remarquable, c'est la grande diversité animale sur l'île, et ce qu'en fait cette famille. Au 19e siècle, l'éducation des enfants ne devaient sans doute pas passer par le respect de la vie animale, car on tue un nombre phénoménal de bêtes de toutes sortes, parfois seulement pour son plaisir. Et les chiens! ils sont d'une grande férocité, attaquant et dévorant d'autres animaux, mais cependant bien intentionnés à l'égard des enfants, bien sûr. Vraiment un livre pas du tout convaincant, loin de son modèle.

Harry Morgan résume bien ici mon idée sur ce livre de Wyss:

"Le Robinson Suisse nous offre ce cas de figure, plus rare qu'on ne croit, d'un roman écrit par un véritable imbécile, à telle enseigne que chaque effort que fait l'auteur pour dissimuler un défaut de son roman le désigne et l'exaspère. L'incroyable succès du roman de Wyss en dit long sur les conceptions qui présidaient à l'éducation de la jeunesse au début du 19e siècle. Car il faut bien supposer que ce sont le ton pleurnichard et moralisateur, la totale absence de fantaisie, la médiocrité des péripéties, la tournure d'esprit tout à la fois «popote» et rapace des protagonistes, qui ont favorablement impressionnés les prescripteurs du roman."


mardi 19 décembre 2006

"le livre demeure un produit trop cher"

"La bonne santé du livre de poche dépend toujours d’une tendance économique et historique. «Si l’on voit apparaître les ancêtres du livre de poche au milieu du XIXe siècle, ce n’est pas un hasard, explique Jean-Yves Mollier, professeur des universités. C’est le moment précis où le livre se démocratise.» En 1838, le prix moyen d’un livre, c’est 15 francs de l’époque, ce qui équivaut à 80 euros d’aujourd’hui, soit un produit réservé à une élite. Dix-sept ans plus tard, en 1855, le prix moyen est tombé à 1 franc, soit environ 4,50 euros. Cent ans plus tard, en 1953, c’est la naissance du Livre de poche, avec Koenigsmark, de Pierre Benoit, lancé par Henri Filipacchi, au moment où la France s’ouvre à la société de consommation. (...)

"Cinquante ans plus tard, qu’en est-il au juste ? Si l’année 2005 apparaît comme atypique et incertaine pour l’édition en général, le livre de poche, lui, se porte bien. Pour M. Mollier, «la principale raison de son succès, c’est qu’il continue d’être offert à un prix raisonnable». Aujourd’hui, les jeunes achètent quasi exclusivement des poches: les ouvrages prescrits par les professeurs, mais aussi les livres de jeunesse, les mangas ou le genre fantasy. (...)

"Reste que «le livre demeure un produit trop cher, ce qui explique, selon M. Mollier, les raisons fondamentales du succès du poche». Dans ces conditions, l’avenir du livre dans une société de masse repose sur la capacité de l’édition à créer des poches de qualité, à un prix abordable. Si à l’origine, le poche est un format destiné à assurer au livre sa deuxième vie, Jean-Yves Mollier anticipe comme tendance forte pour l’avenir «un véritable essor de l’inédit, y compris en littérature», domaine jusqu’à présent plutôt épargné. Par ailleurs, conclut-il, «toutes collections confondues, la part du poche devrait aller croissant». A. B.-M.

Source: Le Monde, 10 mars 2006.


lundi 18 décembre 2006

Deux solitudes?

Noah Richler, fils de l'écrivain Mordecai Richler, vient de publier This Is My Country, What's Yours?, dans lequel, "il y décrit les deux années qu'il a passées à interroger des écrivains et romanciers sur les lieux et choses au Canada qui leur tiennent le plus à coeur". "Noah Richler estime qu'en matière de littérature, du moins, la séparation franco-anglo est bel et bien en voie de disparaître au profit d'une fiction canadienne plurielle et multiculturelle dans laquelle le Québec a pleinement sa place", écrit-on dans Le Devoir d'aujourd'hui.

Voir tout l'article du Devoir, qui en vaut bien le coup, mais cet extrait: "Dans son essai, le passionné des lettres propose de diviser la littérature canadienne en trois âges plutôt qu'en deux solitudes, quitte à alimenter la grogne de plusieurs Québécois, mais aussi de certains piliers du ROC (Rest of Canada). Le choix, qu'il assume pleinement, a toutefois eu l'heur de plaire à la plupart des critiques anglophones qui ont réservé un accueil chaleureux à la réflexion du fils du polémiste. Plus pragmatique que son père, il fait fi des tensions linguistiques pour redessiner de nouvelles frontières temporelles."

Two Solitudes (Les deux solitudes) est un roman de Hugh McLennan, dont j'ai déjà parlé ici. Et Mordecai Richler est un écrivain anglo-québécois mort récemment, qui a écrit entre autres romans L'apprentissage de Duddy Kravitz. Il a eu souvent des prises de positions controversées sur le Québec.

Noah Richler est documentariste pour la BBC, journaliste littéraire pour le National Post, il collabore aussi à des quotidiens britanniques et canadiens. Voir sa binette ici.



vendredi 15 décembre 2006

Le Génie de la foule

Encore Bukowski, mais en des temps plus heureux. Cette poésie dite en anglais mais avec le texte français au bas de la vidéo... Il a écrit des textes pas ordinaires (Contes de la folie ordinaire, entre autres) au milieu de choses vraiment pas très bonnes, mais c'est le lot de tous les écrivains. Voilà ce beau texte:

"Il y a assez de traîtrise, de haine, de violence, d’absurdité dans l’être humain moyen pour approvisionner à tout moment n’importe quelle armée. Les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre. Les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l’amour. Et les plus doués pour la guerre sont ceux qui prêchent la paix. Méfiez-vous de l’homme moyen, de la femme moyenne. Méfiez-vous de leur amour. Leur amour est moyen, recherche la médiocrité. Mais il y a du génie dans leur haine. Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n’importe qui. Ne voulant pas de la solitude, ne comprenant pas la solitude, ils essaient de détruire tout ce qui diffère d’eux. Étant incapables de créer de l’art, ils ne comprennent pas l’art. Ils ne voient dans leur échec en tant que créateurs qu’un échec du monde. Étant incapables d’aimer pleinement, ils croient votre amour incomplet. Du coup, ils vous détestent. Et leur haine est parfaite, comme un diamant qui brille, comme un couteau, comme une montagne, comme un tigre, comme la ciguë. Leur plus grand art."





La Librairie francophone

Les émissions radio littéraires ne sont pas si rares. Il y a cependant la Librairie francophone, qui est une production de quatre radios francophones publiques: Radio France, Radio Canada, RSR et RTBF. "L’objectif de l'émission est de mettre en valeur des auteurs, découvrir des talents, élargir notre horizon culturel, faire une belle place à la langue française, sortir du bain littéraire et donner à entendre des histoires, des valeurs humaines, de l’inattendu et de l’émotion." Rien que ça! On peut écouter l'émission en ligne. À Montréal, l'émission est diffusée le mercredi à 20 heures, sur la première chaîne.


jeudi 14 décembre 2006

Ici et là

Laurent Laplante, dans Le Libraire, no 38: "Je me méfie de l’amalgame que l’on fait souvent entre une saison et un genre littéraire. Les associations Noël et beaux livres ou été et bouquins légers me font peur et je défends mon droit, reconnu par Daniel Pennac (Comme un roman, Gallimard), de lire ce que je veux quand je le veux." -- Moi, par exemple, dans le temps des fêtes, je lis Crime et châtiment de Dostoïevski.

Le Libraire est publié depuis 1998 par l’Association pour la promotion de la librairie indépendante (APPLI), un organisme à but non lucratif. Le tirage moyen atteint 40,000 exemplaires par numéro. Le téléchargement du magazine est gratuit. Et dans ce cas-là, tout spécialement, ce n'est pas parce que c'est gratuit que ça ne vaut pas plus que le coup d'oeil.

En 1990, une série de rectifications de l'orthographe française ont été publiées officiellement au Journal officiel de la République française. Ce site d'information sur la nouvelle orthographe française présente les principales règles, entre autres informations. Bien sûr, comme il est dit en présentation, "il faut du temps pour que les nouvelles graphies soient acceptées, puis entérinées".

Celle qui écrit trois romans par année, mais n'en publie qu'un seul, Amélie Nothomb est ici interviewée à la télé française.

En général, je n'aime pas bien les blogues qui traitent des lectures de leur auteur: entendre parler d'un livre ou lire sur un livre que je n'ai pas lu m'ennuie énormément, généralement. Mais ce blogue de Je (ne) lis (pas) a quelque chose de plus: l'écriture.

Souvent, quand, sur le web, quelqu'un parle d'un livre, il fait suivre le lien vers Amazon. Je me demande bien pourquoi.


mardi 12 décembre 2006

Visconti et Proust

Le cinéaste italien Luchino Visconti a eu l'idée d'adapter pour le cinéma la Recherche de Proust. Il se mit au scénario en 1970, avec l'aide de Suso Cecchi d’Amico. Pourtant l'oeuvre ne verra jamais le jour. France Culture diffuse présentement une série de 15 émissions pour "rendre compte de la lecture viscontienne de Proust". L'épisode en cours est le sixième, mais ceux déjà diffusés peuvent être écoutés ici.



Alberto Manguel

Alberto Manguel, écrivain né en Argentine, a vécu longtemps au Canada où il y a même obtenu sa citoyenneté; il vit maintenant en France. Il vient de publier La Bibliothèque, la nuit. Il est ici interviewé pour le magazine français l’Express.

Toute l’entrevue mérite le détour; mais voici tout de même un extrait, à propos du livre numérisé:

"[Le papier] est le support presque parfait, qui ne nécessite pas, lui, d’être remplacé. Et puis, sur l’écran, la feuille est toujours neuve, sans passé, sans texture, sans annotations. Pas de coin corné, pas d’histoire. Un livre, lui, garde la trace de son lecteur. Il faut éviter la confrontation entre l’électronique et le papier. Les deux existent. Utilisons chacun pour ce qu’il a de mieux."

Autre extrait: "De même qu’il est plus facile de faire l’amour la nuit, il est plus aisé de réfléchir dans une bibliothèque la nuit. Les bruits y sont étouffés, les pensées plus sonores. Je me sens moins tenu de respecter les ordres visibles pour réimaginer le monde. Le silence, la nuit, dans ma bibliothèque, est particulier, avec ces cônes de lumière qui m’enferment dans certaines zones de réflexion et de divagation."

Lien: Manguel tout en volumes, sur l'Express encore.



Humour

Jacques Attali, sur son blogue:

"L'autre jour, à Genève, une journaliste que je remerciais d'avoir si sérieusement lu mon livre avant de m'interroger, me répondit: "Je vous remercie de l'avoir écrit, car nous rencontrons de plus en plus d'auteurs qui non seulement n'ont pas écrit, mais n'ont même pas lu le livre qu'ils signent".


lundi 11 décembre 2006

Ici et là

Stéphane Guérin, de Cent Papiers, pensait "que c’était juste au Québec que l’on inventait des mots étranges"... Mais non! Mais non! Le webmestre de mediaTIC blog - actualité du blog et des blogs, qui s'intéresse, comme son intitulé l'indique, aux blogues francophones et le faisant de façon tout à fait réjouissante, a l'air de les aimer aussi beaucoup, et d'en faire collection. Trouvé sur son blogue: blogamitié - blogami(e) - carnétosphère - blogosphère - podcasteur - taggeurs/folksonomistes - cybermanif - blogging anonyme - blog BD - blogomanie... L'Office québécois de la langue française propose même carnétomanie. Faut que j'achète un nouveau dictionnaire.

The Story of French, le livre de Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, fait un certain bruit; certains le trouvent trop optimistes. "Qu'est-ce que cette tendance jovialiste à prétendre que le français se porte bien au Québec, y compris à Montréal, alors qu'il suffit de tendre l'oreille pour constater que le portrait n'est pas tout rose?" demande Mario Beaulieu, porte-parole du Mouvement Montréal français. Voir ici et .

Le Dictionnaire biographique du Canada en ligne permet "de rencontrer des gens qui ont joué un rôle important dans la formation de ce qui constitue aujourd'hui le Canada". Un site aussi qui vaut le coup d'oeil: Le musée du portrait du Canada.


samedi 9 décembre 2006

À propos de Stendhal

Philippe Berthier – qui dirige avec Yves Ansel la nouvelle refonte des oeuvres complètes de Stendhal dans La Pléiade, dont le premier volume a paru en 2005 - en interview dans Le Monde du 3 juin 2005:

"[Stendhal] n’a sympathisé avec aucun des grands romantiques, du moins en France (il a aimé Byron et Scott). Sa définition du roman comme un miroir promené le long de la route ne trouva sa pleine fécondité qu’après lui. En fait, ses contemporains l’envisageaient comme un esprit brillant, un connaisseur d’Italie, de peinture et de musique, mais nullement comme un écrivain de premier plan.

"Stendhal est devenu gibier académique: la recherche est active, et attire une génération de jeunes tout à fait remarquable. Stendhal semble moins présent chez les écrivains et chez les politiques: Mitterrand aimait Stendhal au point de venir incognito assister à un colloque sur lui. Imagine-t-on la même chose aujourd’hui? La période que nous traversons est bien peu stendhalienne: si, comme beaucoup semblent le penser, c’est Michel Houellebecq l’auteur emblématique de notre temps, Stendhal devra attendre des jours moins glauques."


vendredi 8 décembre 2006

Ici et là

Il y en a qui n'aiment pas et il y en a d'autres qui n'aiment vraiment pas Wikipedia, l'encyclopédie libre "que chacun peut améliorer" (!). Daniel Garcia, journaliste à Livres Hebdo, nous parle dans son blogue de l'Affaire Dreyfus et de ce qu'on en dit, justement, dans Wikipedia.

Alibis est "la première revue québécoise entièrement consacrée à la littérature policière, au mystère, au noir et au thriller". Quelques anciens numéros sont disponibles en téléchargement sur le site. - Solaris, quant à elle, donne dans la science-fiction.

Nelson Dumais est mon chroniqueur techno préféré. Voilà près d'un an, il a écrit une petite histoire tout à fait abracadabrante, un techno triller, qui m'avait beaucoup amusé à l'époque. Je regrettais seulement que cela ait été de la fiction. À lire.


mercredi 6 décembre 2006

Le Cap Éternité, de Charles Gill

Nouveauté: dans la collection Littérature québécoise, Le Cap Éternité, un recueil de poésies de Charles Gill.

Le Cap Éternité. PDF. 379 Ko.

Réginald Hamel, professeur à la retraite de l'Université de Montréal, a beaucoup écrit sur Charles Gill, dont Charles Gill, Poésies complètes, Édition critique (HMH) et une biographie, Charles Gill (Lidec).

"Avant les travaux de M. Hamel, Charles Gill ne figurait dans l'histoire de la littérature québécoise que comme compagnon de foire d'Émile Nelligan. On savait qu'il se disait poète et qu'il fréquentait l'École littéraire de Montréal. N'eût été un recueil publié à titre posthume par un ancien recteur de l'Université de Montréal (Olivier Maureault), peut-être son nom serait-il complètement oublié aujourd'hui. "J'ai découvert avec ravissement ce recueil alors que j'étais étudiant, raconte M. Hamel. Je ne savais pas encore que ce n'était là que la pointe de l'iceberg." (Lien)

Numérisation du recueil: Jean-Louis Lessard. Voir son blogue, Laurentiana, qui s'intéresse surtout à la littérature québécoise du dix-neuvième siècle.



mardi 5 décembre 2006

Sacré langage!




Article du Washington Post: In French-Speaking Canada, the Sacred Is Also Profane. Extraits:

"When you get mad, you look for words that attack what represses you," said Louise Lamarre, a Montreal cinematographer who must tread lightly around the language, depending on whether her films are in French or English. "In America, you are so Puritan that the swearing is mostly about sex. Here, since we were repressed so long by the church, people use religious terms."

And the words that are shocking in English -- including the slang for intercourse -- are so mild in Quebecois French they appear routinely in the media. But not church terms.

"You swear about things that are taboo," said André Lapierre, a professor of linguistics at the University of Ottawa. In the United States, "it is not appropriate to talk about sex or scatological subjects, so that is what you use in your curse words. The f-word is a perfect example.


dimanche 3 décembre 2006

La littérature peut-elle sauver le monde? (2)

Dans le supplément Livres du journal Le Monde (2 décembre), Russell Banks, écrivain américain, répond à une question semblable, que j'ai mentionné dans un billet précédent:

Aviez-vous, en commençant votre vie de romancier, l’idée de changer le monde par l’écriture?

Russell Banks: "Non et je ne le cherche toujours pas aujourd’hui. Si cela se produit, tant mieux, mais ce n’est pas pour ça que je le fais. Bien sûr, je crois que la littérature change les gens – moi, elle m’a changé. Mon regard sur les femmes, les Noirs, le monde, l’histoire de mon pays, a été bouleversé par l’art, la poésie, la fiction. Cela dit, je ne pense pas que le regard de George Bush ait été le moins du monde changé par l’art. De façon générale, la transformation ne se produit pas par le centre, mais par les bords et, du coup, cela va lentement. L’art n’a d’effet que dans les marges, un lecteur à la fois."

D'autre part, Russell Banks dit:

"Au milieu des années 1990, j’étais alors enseignant, je me suis rendu compte que les étudiants étaient devenus plus conservateurs que leurs professeurs. J’avais les cheveux gris et, pourtant, j’étais la personne la plus radicale de la classe! Mais ce n’est pas tant moi qui me suis radicalisé que les États-Unis qui sont devenus de plus en plus conservateurs."

Les intéressants entretiens avec des écrivains du supplément Livres du journal Le Monde sont souvent repris dans Le Devoir, une semaine plus tard.



Le Magazine littéraire a 40 ans

Ce mois-ci, le Magazine littéraire fête, avec son numéro 459, son 40e anniversaire. Cent mille lecteurs (ou acheteurs de la revue, je ne sais) lisent chaque mois cette revue, c'est pas merveilleux? Le magazine n'est pas de ceux qu'on jette après l'avoir lu, c'est tout dire.

"Depuis son premier numéro, consacré en novembre 1966 à Stendhal, Le Magazine littéraire a su rester fidèle à ses principes fondamentaux. Son ambition: un mensuel exclusivement consacré aux livres. Sa singularité: des dossiers qui convoquent chaque mois écrivains, journalistes et chercheurs autour d'un sujet lié à l'actualité éditoriale ou universitaire. Les dossiers du Magazine littéraire ont établi sa notoriété, guidant plusieurs générations d'étudiants et offrant aux lecteurs de tous âges une véritable encyclopédie littéraire, enrichie mois après mois, où chacun peut puiser à sa guise", écrit-on sur le site du magazine.

Un numéro spécial est en kiosque présentement, pour commémorer cet anniversaire: "132 pages d'entretiens, extraits de nos archives, avec les plus grands écrivains de ces quarante dernières années, où ils racontent comment ils ont écrit leur meilleur livre."


samedi 2 décembre 2006

Numérisation, encore

Dans Le Devoir d’aujourd’hui, Jean-François Nadeau écrit: 'Dans La Grande Numérisation, un essai qui vient de paraître chez Denoël, Lucien X. Polastron... interroge notre rapport actuel aux livres. Numériser, c’est d’abord rendre plus accessibles des ouvrages à tous, du moins en principe: plus de support papier, donc plus de prix, théoriquement... Mais est-ce aussi préserver les livres que de les dématérialiser ainsi?"

Et il rappelle, après Alberto Manguel, cette anecdote : "... la version multimédia du Domesday Book, un immense recensement cadastral du XIe siècle. En 2002, l’information électronique de ce livre, colligée quelques années plus tôt, fut jugée à jamais inutilisable. Restait le vieux livre d’origine... Même une multiplication des exemplaires n’avait rien changé à l’issue fatale de la version électronique."

De même, il ne serait pas inutile peut-être aussi de se demander: Ne risque-t-on pas de perpétuer des erreurs en multipliant des volumes numérisés d’une fiabilité douteuse?


vendredi 1 décembre 2006

La littérature peut-elle sauver le monde?

Trouvé sur Yahoo! Questions/réponses, une section de Yahoo qui permet de poser toutes les questions que vous voulez et de recevoir des réponses d'autres internautes: La littérature peut-elle sauver le monde? Je suis toujours étonné de voir de ces gens, pas si rares, qui prennent le temps et l'énergie de répondre intelligemment à ce genre de questions. Par exemple une certaine Cassandra:

"Sauver le monde, non, je ne pense pas. Même si elle permet de confronter plusieurs points de vue entre eux comme le montrait si bien Farenheit 451, la plus difficile et la plus abstraitre reste réservée à une classe cultivée et riche... Pour sauver le monde, il faudrait que la littérature soit partagée par tous. Or, à l'heure actuelle, c'est un exercice que la majorité des gens juge trop difficile: il lui préfère la facilité des films ou de la télévision où tout est déjà prémâché."

Une autre: "La littérature permet au moins de se documenter sur ce qui se passe dans le monde, même si ce sont des romans! Elle permet aussi, pour certains ouvrages, de témoigner de choses insolites, atroces ou magnifiques qui se passent dans d'autres pays! On peut lire des tas de choses pour non seulement se distraire mais aussi réfléchir! Et ça peut donc permettre d'avoir d'autres idées et de les faire partager à d'autres et faire en sorte que les gens changent leurs attitudes! Mais la littérature, en ce qui me concerne, sert surtout à s'évader un moment!"

Et un autre: "Ça doit faire un bon millénaire que la littérature existe en tant que genre indépendant... et le monde s'en est-il trouvé sauvé pour autant?"

Mais ma réponse préférée est celle-ci:

"Je ne pense pas que ce soit ni sa fonction ni son but. La littérature est un art et comme tout art donne une certaine vision du monde, des hommes, des sentiments, du temps, de l'espace.
"L'écrivain comme tout artiste digère le monde et nous le restitue sous une forme ou un aspect qui nous aurait échappé. L'écrivain peut insuffler une dimension, une force à son oeuvre pour provoquer chez le lecteur un dérèglement de tous les sens (Rimbaud), ou que le texte agisse comme un électrochoc (Antonin Artaud) pour éveiller ou réveiller nos esprits endormis, amnésiques, anglués dans la fange du quotidien.
"Si cet éveil violent peut permettre d'accéder à une lucidité retrouvée, la littérature peut à tout le moins conduire à corriger le monde."


 

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