La Bibliothèque électronique du Québec

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mercredi 31 janvier 2007

Chiffres

Anonyme, sur le blogue La Littérature, à propos des chiffres de ventes de livres:

"Nous [les écrivains] sommes obligés de croire sur parole ce que nous dit l'éditeur sans autre possibilité de vérification. Depuis quelques années l'éditeur est certes obligé de donner à l'auteur le chiffre de vente une fois par an, mais quelle est la vérité de ce chiffre?"



Gilles Marcotte

Gilles Marcotte, écrivain, critique, interviewé par André Brochu pour la revue Voix et images, vol. VI, no 1:

"Je pense qu’on se fait, de la situation sous Duplessis, une image un peu simple. Il suffit de lire ce qui s’écrivait à l’époque, dans divers journaux, dans les revues. C’était aussi violent que ce qui s’écrit aujourd’hui; dans un autre style, selon d’autres coordonnées. De toute façon, la tradition ici m’a toujours paru extrêmement faible, et d’ailleurs, on a vu ce qui s’est passé depuis ‘60. Tout est disparu comme par enchantement. Il n’y a pas eu de lutte, de chose très grave, d’affrontement. On a dit: bon, la religion, ce n’est peut-être pas ce qu’il nous faudrait – la religion catholique –; eh bien, on a soufflé sur le château de cartes, et l’institution religieuse qui nous paraissait la plus puissante au monde s’est recroquevillée dans son coin. On n’a pas eu de grand débat là-dessus."

"Voix et Images, la seule revue de recherche consacrée exclusivement à la littérature québécoise, est publiée trois fois l'an sous l'égide du Département d'études littéraires de l'Université du Québec à Montréal." -- site de la revue.

Tout ce long entretien (30 pages) avec Gilles Marcotte est téléchargeable au format PDF.


mardi 30 janvier 2007

Hugo

En 2001, François Cérésa donnait une suite aux Misérables de Victor Hugo: Cosette ou le temps des illusions. Mais un arrière-arrière petit-fils de Victor Hugo, se croyant des droits sur l'oeuvre de l'écrivain, avait traîné l'éditeur devant les tribunaux et réclamé 700,000 euros de dommages et intérêts. Mais lisez plutôt cet article du Figaro pour en savoir plus. Ce qui me plaît dans cet article, c'est que l'on apprend que Hugo aurait dit: «L'écrivain en tant qu'écrivain n'a qu'un seul héritier, c'est le domaine public.» Ce ne serait pas merveilleux! Plus de ces enfants ou, pire, de ces lointains neveux, qui profitent de l'oeuvre d'un écrivain, quand, toute leur vie, bien souvent, ils s'en sont foutu royalement!

C'était dans le Figaro d'hier, mais dans le même Figaro aujourd'hui: "La Cour de cassation a estimé mardi qu'on ne pouvait pas interdire une suite au roman «Les Misérables» si elle respecte le nom de l'auteur initial et l'intégrité de son œuvre tombée dans le domaine public."



Le mépris

"S'il reste parmi nous des gens pour dire que faire preuve de nuance dans son vocabulaire journalistique équivaut à écrire pour n'être compris que de bien peu de gens..." Mais je ne vais pas tout citer. Lire le commentaire de Mario Asselin, à la suite de l'article de Laurent Gloaguen.

Et, sur un tout autre sujet, ça cause fort à propos d'une certaine librairie, ici, ici et , entre autres endroits.



Ici et là

Récits de rêve: un très beau site, bien fait et sérieux, qui présente, autre autres choses, une base de textes littéraires pour l'étude du rêve. Plus de 1400 récits littéraires de 323 auteurs. En plus du HTML bien mis en page pour la lecture à l'écran, ce qui n'est pas si courant, que ça vaut la peine de le signaler. Une belle découverte! -- Image ci-contre: Salvator Dali, Rêve causé par le vol d'une abeille. (Agrandissement)

La Quinzaine littéraire est une revue littéraire qui publie depuis 1966. Le numéro courant (?) téléchargeable sur le site est celui de fin février 2006.

Elle a écrit des contes de fées mais la vie de la comtesse d'Aulnoy est tout un roman.

Chez Embruns: "l'Institut du Nouveau Monde, cercle de réflexion dédié au renouvellement des idées et à l’animation des débats publics au Québec, vient de publier un passionnant cahier consacré à la situation culturelle au Québec, joint au numéro du Devoir du 20 janvier dernier. Il n’est hélas disponible qu’en PDF sur Internet : “Que devient la culture québécoise?”.

La ville de Laval (dans le pays de la Loire naturellement) va célébrer tout au long de l'année le centenaire de la mort d'Alfred Jarry dont le nom est à jamais lié au personnage du Père Ubu. Ce beau site consacré à l'auteur offre plusieurs de ses oeuvres en téléchargement mais les fichiers sont très lourds, ça en vaut la peine cependant. Ubu roi est ici beaucoup plus abordable (format PDF). Lien intéressant: …ni Noël - eh, crame les pitres! -… sur Cynthia 3000.

La revue La Licorne est une revue de langue et littérature françaises de l’Université de Poitiers, devenue collection des Presses Universitaires de Rennes depuis 2003. Les textes des numéros épuisés sont mis en ligne.


lundi 29 janvier 2007

La culture au Québec? quelle culture?

Un brillant article, même s'il est dur, très dur, de Laurent Gloaguen, sur Embruns:

"Culture au Québec, ça sonne comme une obscénité, à moins qu’il ne s’agisse de culture populaire...

"Petit Québec, c’est non seulement le nom d’un fromage, c’est aussi la signature d’un manque d’envergure culturelle et intellectuelle. Icitte, t’es mieux de parler de chars et de REÉR, d’islamistes et d’invasions barbares, parce qu’au BBQ dominical, faut pas laisser échapper des mots qui fâchent, faut faire dans le consensuel, dans le populo, pas prononcer de mots trop compliqués. Faut lire “7 jours” pour fêter la convergence des médias Québécor, participer à la partouze généralisée du divertissement multimédia, découvrir en exclusivité, en attendant à la caisse du IGA — il n’y a plus que 4 préposés aux caisses à c’t’heure —, un entretien où Julie Snyder nous explique comment Pierre-Karl Péladeau, il essaie de s’intéresser à la culture avec ses modestes moyens, pis que c’est pas pire.

"Autant l’air en France me semble parfois irrespirable, autant icitte, ce n’est guère mieux. Un air frette, mais qui manque d’oxygène. L’excuse, c’est que c’est un air de petit pays."



William Styron

William Styron, décédé récemment, l'auteur bien sûr du Choix de Sophie, dans un entretien pour le magazine Lire, en novembre 1984:

"Mais il est vrai que l'Amérique est aujourd'hui le pays le plus puissant du monde et que cela explique sans doute pourquoi sa littérature est aussi vivante et intéressante. Au XIXe siècle, le roman s'est développé au sein des nations les plus puissantes: la France, la Russie, la Grande-Bretagne. Quand les États-Unis sont devenus puissants, le pays a pu jouer ce rôle créateur, maternel. Je ne sais pas pourquoi la littérature renaît ou ne renaît pas à certains moments de l'histoire des sociétés, mais cela a sûrement un lien avec le rôle joué par la nation dans les affaires mondiales. Le désir de toucher le monde par des mots a quelque chose à voir avec la puissance d'une nation."



dimanche 28 janvier 2007

"La littérature contemporaine c'est de la merde!"

Un texte amusant (mais pas seulement) sur le blogue de Buzz... littéraire. Extrait: "Comment mettre un peu d'animation à un dîner entre fins lettrés sans pour autant semer la zizanie? Facile... Lancer le sujet éternel mais ô combien fédérateur du "La littérature contemporaine c'est de la merde et du c'était mieux avant..." Vous verrez immédiatement les têtes acquiescer, s'enthousiasmer, se gargariser, abonder dans votre sens et se lancer dans des tirades enflammées..." -- Un blogue d'anonymes (encore!), mais qui vaut vraiment le détour.



Jacquou le croquant

Le film de Laurent Boutonnat, Jacquou le croquant, est sorti en salle le 17 janvier. Le scénario est bien sûr tiré du roman d'Eugène Le Roy. Le film dure deux heures et trente minutes, et dans le casting, il y a Gaspard Ulliel, Marie-Josée Croze et Albert Dupontel. On peut visionner la bande-annonce ici mais le site officiel du film est plutôt .

Eugène Le Roy, l'auteur de ce roman populaire qui connut énormément de succès, est mort, il y a cent ans cette année. Le roman, terminé en 1899, parut en 1900. Il raconte la révolte d’un paysan du Périgord contre les injustices sociales de son temps (dernière moitié du dix-neuvième siècle). Jacquou le croquant est un "roman républicain et même un peu socialisant", écrit-on dans Le Monde.

Le roman est disponible en libre téléchargement à la Bibliothèque, au format PDF ou LIT.



Le Dictionnaire de la langue française informatisé

Vous pouvez désormais interroger, sur la page d'accueil de la Bibliothèque, le Dictionnaire de la langue française informatisé (TLFi). Voir le blogue Technologies du langage de Jean Véronis, pour plus d'infos. Je ne suis pas trop amateur de dictionnaires en ligne, mais celui-là ressort vraiment du lot.


samedi 27 janvier 2007

Quelques considérations non littéraires

La page d'accueil de ce site a un PageRank de 7, celle du blogue de 6 et au moins deux autres pages ont aussi un PR de 6. En septembre, soit avant que le serveur de statistiques ne tombent en panne, environ 1800 personnes visitaient ce site chaque jour; un peu plus de 700 visiteurs uniques vont sur ce blogue chaque jour. Entre 350,000 et 450,000 documents sont téléchargés chaque mois. Le premier tome de Don Quichotte de Cervantès est, et de loin, toujours le document le plus téléchargé, ce que je m'explique qu'à moitié, semble-t-il que le journal Le Monde a fait un lien vers ce document, sur leurs pages réservées aux abonnés. La bande passante qui m'est allouée est dépassé six ou sept fois. Environ quatre à cinq fois plus de Français que de Québécois viennent sur ce site. Et voilà!

Tout savoir sur le PageRank de Google.



Umberto Eco

Dominique Simonnet, en 1999, interviewait Umberto Eco pour L'Express. L'Italien, écrit Simonnet, parle haut et clair et il considère parfois le petit peuple des profanes avec condescendance. Hum!

Umberto Eco, sur ce que l'anglais s'impose comme langue internationale: "Pourquoi l'anglais aujourd'hui? Parce que les États-Unis ont gagné la guerre et parce que l'anglais supporte mieux la pidginisation: il est plus facile de mal parler anglais que de mal parler français ou allemand."

"Chaque langue suggère un modèle du monde différent. C'est pourquoi chercher à établir une langue universelle n'est pas possible. Il faut plutôt essayer de passer d'une langue à l'autre. Moi, je suis pour le polylinguisme. La diversité des langues est une richesse. C'est un fait indiscutable, probablement lié à la nature humaine. On a pu se passer de cette richesse pendant des siècles, parce qu'il y a toujours eu une langue qui dominait les autres: le grec, le latin, le français, l'anglais... Je crois que, dans une génération, nous aurons une classe dirigeante bilingue."

Umberto Eco croit que l'écrit a triomphé, que nous sommes revenus à la civilisation de l'écriture:

"Nous vivons incontestablement le retour de l'écrit. Sur nos écrans, nous lisons des textes que nous imprimons. Jamais on n'a publié autant de livres, édifié des cathédrales aux livres, comme ces immenses librairies. Alors, lorsque j'entends des écrivains dire que le livre est en train de disparaître, je ne peux pas supporter une telle mauvaise foi. On construit toujours l'image de l'avenir sur l'idiot du village. Aujourd'hui, le modèle, ce serait l'internaute obsédé qui clique jusqu'à 5 heures du matin et qui ne lit plus? Mais ce n'est pas la majorité des gens!"


vendredi 26 janvier 2007

Arturo Perez-Reverte

J'ai déjà parlé ici d'Arturo Perez-Reverte, dont le dernier roman, Le peintre de batailles, vient d'être publié en français, dans une traduction de François Maspero, au Seuil, roman dans lequel il nous fait part de son expérience de correspondant de guerre. Arturo Perez-Reverte est interviewé dans le supplément Livres du journal Le Monde d'aujourd'hui. Extraits de cet entretien tout à fait dérangeant:

"Un jour, à Sarajevo, une bombe est tombée dans la rue, juste à côté de nous. Il y avait un enfant, éventré mais encore vivant. On l’a filmé, puis on l’a pris dans la voiture pour l’emmener à l’hôpital, en tâchant de le maintenir en vie. Arrivés là-bas, il était mort. On est repartis et pendant les trois jours qui ont suivi, je n’ai pas trouvé d’eau pour me laver. Tout ce temps, je suis donc resté avec le sang de cet enfant sur mes vêtements, sous mes ongles. Après ça, quand on voit un enfant dans la rue, comme j’en ai vu aujourd’hui à Paris, on ne peut plus jamais le regarder de la même manière. Ça change votre regard. Il n’est ni mieux ni moins bien, juste différent."

"Je sais que tout le monde peut faire n’importe quoi, dans certaines circonstances. Vous, moi. Vous avez juste la chance que les événements ne vous aient jamais poussée à tuer. Certaines situations nous permettent d’oublier que le monde est ce qu’il est, ou de le supporter, mais ça ne change pas la nature des choses. La géométrie de l’horreur nous entoure. On peut arranger le petit morceau de terre qui se trouve autour de nous pour le rendre plus habitable, mais ça n’empêchera pas un volcan de se réveiller ailleurs, le même jour. Chaque Titanic a son iceberg qui l’attend."

Supplément Livres du Monde (26 janvier 2007), au format PDF.



Le Dictionnaire du NEF

Marie Lebert vient, tout récemment, de mettre en ligne le Dictionnaire du NEF (Net des Études françaises), surtout axé sur l'Internet et les technologies numériques pour le livre et les médias (texte, image et son). Ici, pour une présentation du dictionnaire.

"Marie Lebert est chercheuse indépendante, journaliste et traductrice. Elle s'intéresse de près aux changements apportés par l'Internet et les technologies numériques dans le monde du livre, des autres médias et des langues."


mercredi 24 janvier 2007

Les beaux mots

Vu sur le blogue de Steve Proulx, du journal Voir: "les opinioneux professionnels". C'est tout à fait l'expression qui convient après avoir lu ou entendu la 33,000e "judicieuse analyse" sur les accommodements raisonnables et le racisme des Québécois. Expression à peu près du même crû que "journaleux", dont parle la Grande Rousse. Pour continuer dans la même veine, on pourrait aussi utiliser "blogueux" pour qualifier, entre autres, certains journalistes dont les blogues sont nourris de billets plus abondants qu'intéressants.



La littérature française en crise?

Edmond de Goncourt en 1891: «Ma pensée, en dépit de la vente plus grande que jamais du roman, est que le roman est un genre usé, éculé, qui a dit tout ce qu’il avait à dire.» Au-delà de cette affirmation provocante et qui sert en quelque sorte d'introduction à cet article de Telerama, Nathalie Crom signe un très intéressant texte sur le soi-disant déclin de la littérature et du roman plus particulièrement. L'auteur met en cause Tzvetan Todorov, dont j'ai déjà parlé ici, et qui vient de publier La Littérature en péril.

Philippe Forest, auteur de Tous les enfants sauf un: «L’écrivain et la littérature ne suscitent sans doute plus le même respect qu’avant. Et alors? Je n’aime pas le discours des auteurs qui dénoncent la marchandisation du livre, la société du spectacle. Les choses sont ainsi, un point c’est tout. Je ne déteste pas l’époque dans laquelle je vis.»

Un article à lire absolument!



mardi 23 janvier 2007

Une saison de Nobel

Le théâtre Mouffetard, rue Mouffetard à Paris, organise, une fois chaque mois, des soirées de lecture consacrées aux récipiendaires des prix Nobel. En introduction, une personnalité du monde littéraire ou des médias présente l'auteur, puis vient la lecture d'extraits de ses oeuvres par un comédien ou une comédienne. Aujourd'hui, 23 janvier, à l'honneur: Elfriede Jelinek (décidément, on parle beaucoup d'elle en ce moment!). Puis, viendront William Faulkner (13 février), Orhan Pamuk (20 mars) et Albert Camus (22 mai). Ce genre de soirées devraient être télévisées, puis déposées sur Internet.



Quelques revues littéraires québécoises

Solaris, revue de science-fiction et de fantastique, en est déjà à son numéro 161. La revue a été fondée en 1974 par Norbert Spehner, alors professeur de français au Cégep Édouard-Montpetit de Longueuil. Elle s'appela d'abord Requiem, pour devenir ensuite Solaris. Le site de la revue, joliment construit, offre plusieurs textes qui peuvent être consultés - parfois exclusivement - en ligne. À signaler: Comment ne pas écrire des histoires, un texte de Yves Meynard qui se veut une sorte de guide pour les auteurs débutants. La revue organise aussi un concours annuel, le prix Solaris, pour la création littéraire, mais n'est ouvert qu'aux auteurs canadiens.

Alibis est une revue québécoise entièrement consacrée à la littérature policière, au mystère, au noir et au thriller. Le premier numéro a paru en novembre 2001. À signaler, pour le contenu en ligne: des fiches signalétiques d’auteurs de thrillers, de romans noirs et de polars de la francophonie nord-américaine; aussi, le prix Alibis, qui s’adresse aux auteurs du Québec et du Canada francophone et qui récompense une nouvelle de polar, de noir ou de mystère...

Tangence, qui était connue auparavant sous le nom d'Urgences, est une revue d'études littéraires qui "s'intéresse aux relations qu'entretient la littérature avec les autres disciplines (les arts, la philosophie et les sciences humaines, mais aussi les sciences exactes) de manière à fédérer les savoirs au sein d'une réflexion commune". Elle est rattachée au Département de lettres de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) et au Département de français de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

La Bonante est une revue de création littéraire rattachée à l'université du Québec à Chicoutimi (UQAC). La revue organise deux concours plutôt originaux: l'un est le concours du meilleur texte de quatre lignes (!) et l'autre, le concours du meilleur texte de trois pages. Certains textes primés sont consultables en ligne. La revue a aussi un "pendant crépusculaire", La Brunante, vouée à la réflexion théorique et qui organise aussi le concours du meilleur texte critique de 10 lignes (décidément!)... La Bonante paraît depuis 1970, une fois l'an.

Et bien sûr, il y a encore XYZ. La revue de la nouvelle, qui est une revue trimestrielle se consacrant exclusivement, comme son nom l'indique, au genre de la nouvelle. Elle a été fondée en 1985. Mais son contenu en ligne est à peu près nul.


lundi 22 janvier 2007

Questions de langue(s)

Marc Wilmet, linguiste, auteur d'une Grammaire critique du français, interviewé sur Esprit libre, y dénonce les grammaires scolaires ("La grammaire scolaire n'existe nulle part ailleurs qu'en France et dans les pays de culture française. Cette grammaire est un tissu d'âneries, un château de cartes branlant, une casuistique dont le prototype le plus connu du public est Grevisse."), la dictée de Pivot ("C'est une bêtise et un scandale. Il s'agit de dictées totalement artificielles, faites pour provoquer les fautes.") et, ô scandale, y défend le texto ou langage SMS:

"Je trouve ça plutôt bien, à vrai dire, car cette pratique ne prend la place de rien d'autre. Je dirais même qu'elle peut déboucher sur un jeu avec la langue qui se révèle parfois très inventif. Si les textos remplaçaient Racine, ce serait un peu dommage... Mais c'est comme le rap: ce genre musical particulier n'exclut pas Mozart. Il faut essayer de faire apprécier à chacun chaque registre de la langue."

Marc Wilmet n'est pas tombé des dernières pluies, voyez ses qualifications et sa bibliographie.

Sur France-Info, En français dans le texte, c'est la chronique des parlers francophones. Présentée par Patrick Fandio, les capsules linguistiques d'une durée d'environ deux minutes peuvent être écoutées en ligne. Les archives sont ici. Mais sur TV5Monde, les capsules linguistiques du professeur Bernard Cerquiglini peuvent être vues et écoutées. Encore là des capsules d'une durée d'environ deux minutes.

Après un retrait prolongé, la Grande Rousse est de retour! Par elle, j'ai découvert le site de Magister, où on peut trouver énormément de ressources intéressantes sur la langue et la littérature. On peut même y tester notre culture littéraire. Ai obtenu 83% aux deux premiers tests. Pas mal, non? Mais j'ai loin d'avoir fait le tour de ce site.

Le site de Jacques Leclerc, linguiste et sociolinguiste, diplômé en linguistique et en pédagogie de l'Université de Montréal (et j'en oublie! j'en oublie!), L'aménagement linguistique dans le monde, est particulièrement riche: les langues dans le monde, les familles linguistiques, l'histoire du français, etc.

Deux blogues qui traitent de la langue: Choux de Siam et En piste!

"La revue Défense de la langue française paraît quatre fois par an. Elle publie, sur notre langue, de nombreux articles qui permettent au lecteur d'enrichir ses connaissances et elle s'ouvre aux adhérents pour y exprimer leur avis et leurs suggestions. Elle se fait aussi l'écho de la vie du français, en particulier en publiant les travaux de l'Académie et des commissions de terminologie et de néologie. Elle présente enfin les activités des cercles parisiens et des sections régionales." -- La revue peut être téléchargée ici (format PDF).

Enfin, pour une Histoire de la langue française, une belle page qui fait un survol de l'histoire de notre langue depuis les Gaulois au Ve siècle jusqu'à aujourd'hui, et où on apprend que "pour les Français, le parler «canadien», au demeurant «charmant» avec son «joli accent», est souvent perçu comme un peu «exotique», mais pas mauvais". Hum! -- La page est produite par le Site de l’aménagement linguistique au Canada (Gouvernement du Canada).


dimanche 21 janvier 2007

Le français qu'on aime

À l’occasion de leur 50e anniversaire, les Radios francophones publiques ont présenté une émission spéciale sur la langue française. Une tribune téléphonique, diffusée le 20 novembre 2006, a permis aux auditeurs des quatre pays d'échanger leurs points de vue sur leur attachement à la langue française et sur son avenir. L'émission, animée par Michel Desautels et d'une durée de deux heures, peut encore être écouter ici. On y apprend, entre autres choses, "qu'un Français sur trois aimerait vivre au Québec. Chez les ouvriers et les employés on atteint même des scores de 42%, contre 38% qui restent attachés à la France."



Ici et là

Long tail, longue queue, longue traîne... J'ai vu souvent cette expression sans m'y être vraiment arrêté et donc je ne savais pas trop ce qu'elle voulait dire. Eh bien, Joseph Périgot l'applique ici aux livres, et ça me semble tout clair...

Je n'ai pas lu... c'est la blague obligée quand on veut parler de... Comment parler des livres que l'on n'a pas lus? de Pierre Bayard, paru aux éditions de Minuit. Mais le livre est très sérieux, si on en croit cet article de Libération; l'auteur est professeur de littérature à l'université Paris-VIII, psychanalyste et auteur d'ouvrages de théorie littéraire... on ne rigole pas! "On a beau être boulimique de la chose écrite, on n'en est pas moins destiné, fondamentalement, à rester des non-lecteurs, vu le nombre infini d'ouvrages que l'on ne parviendra jamais à lire. Autant le savoir et organiser notre foncière non-lecture." Sur Télérama, quatre écrivains se prêtent au jeu et parlent... de livres qu'ils n'ont pas lu. Mais la revue Nuit blanche fait depuis longtemps pareil exercice dans sa rubrique Le livre jamais lu.

Et à propos de livres que l'on n'a pas lu, s'il y a un roman que j'ai longtemps voulu lire, sans y parvenir, faute de temps, ou pour tout autre raison: La Conscience de Zeno d'Italo Svevo. Je n'en parlerai pas, sinon pour signaler que, sur France-Culture, l'émission Une vie, une oeuvre a consacré son émission du 7 janvier à cet écrivain italien. On peut encore écouter l'émission sur le site, mais probablement pas pour très longtemps.

Sur l'Illettré, on donne des conseils pour ceux et celles qui veulent s'improviser critique littéraire. J'aime bien celui-ci: "Ouvrir l'ouvrage en question à la page 27 s'il compte moins de 100 pages, à la page 127 s'il en compte plus de 200; lire les 19 premières lignes pour décider si le livre est nul ou génial."

France-Culture, encore, propose un petit jeu: on donne un fragment de littérature, d'un auteur connu, et il faut découvrir l'auteur. Ça ne m'a pas pris trente secondes pour découvrir que le texte en question était Le Mariage de Mr Anselme des Tilleuls de Jules Verne. À l'ère de Google, faut pas poser ce genre d'énigmes. Mais paraît que "le plaisir de l'expertise réside essentiellement dans l'analyse littéraire du morceau en jeu". L'idée, cependant, ne me déplaît pas du tout.

«Il n'y a pas de best-sellers à vendre. Des éditeurs et libraires se plaignent. Les écrivains n'ont rien publié d'alléchant pour les Fêtes. En France, c'est pareil. Les ventes du livre de Dominique Michel, c'est fini, et celui de Maman Dion n'a pas marché. Il n'y a pas de romans, ni de Harry Potter, pour faire venir les clients en magasin. C'est une période difficile», déplore Pierre Renaud, président de Renaud-Bray, qui se plaint que la vente de livres va mal.


samedi 20 janvier 2007

L'araignée gorgée de sang

À l'occasion de la parution d'un livre de Raymond Ouimet, L'affaire Tissot, Le Devoir, avec un article de Jean-François Nadeau, revient sur cet épisode de notre histoire: Adrien Arcand, des nazis canadiens, l'antisémitisme... C'était dans les années 1930, au Québec. Le parti d'Adrien Arcand a été démantelé et son chef arrêté en juin 1940.

Voir aussi: Le mythe du Québec fasciste, 1930-1945, dans l'Actualité, 1er mars 1997.



Elfriede Jelinek

Encore des choses intéressantes, cette fin de semaine, dans le suppément Livres du journal Le Monde: deux pages sont consacrées à l'écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature en 2004, dont deux livres paraissent simultanément en traduction française. Dans Enfants des morts, Elfriede Jelinek revient sur la période naziste de l'Autriche et "se lance dans une attaque en règle contre le refoulement de l’Histoire qui présente l’Autriche comme un pays vierge de toute barbarie, alors que son sol est saturé d’ossements". Elfriede Jelinek: "...je suis obsédée par le fait de tirer le mystère en pleine lumière, d’extirper les morts de leur sépulture, les victimes de leur oubli. Comme un chien qui déterre une charogne. C’est une compulsion maladive qui vient de mon histoire familiale, partiellement juive, et des expériences que cette famille a eu du nazisme."

"Née en 1946 en Styrie (Autriche), Elfriede Jelinek passe son enfance à Vienne. Son père est tchèque d’ascendance juive: «Si j’écris, c’est sans doute grâce à lui, en partie du moins.» Sa mère, catholique, de souche roumaine et allemande, tyrannise sa fille, la forçant entre autres à faire des études de musique. C’est par un livre largement autobiographique, La Pianiste, qu’Elfriede Jelinek accède à la notoriété en 1983. Le roman est porté à l’écran par Michael Hanecke en 2001, avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre."

Supplément Livres du Monde (PDF).

Liens intéressants:

Elfriede Jelinek, sur le site des prix Nobel.
Lust, d'Elfriede Jelinek, sur Biblio-Monde.
Les oeuvres d'Elfriede Jelinek disponibles en français, sur France-Culture.



Dany Laferrière

Dany Laferrière, en interview sur routards.com: "À Montréal, j’aime les cafés. J’aime traîner au Carré Saint-Louis, où tout a commencé pour moi. Mon premier livre s’y déroule. J’y rencontre mes amis. Il y à la Librairie du Square pas loin, le Café Cherrier où je mange. Mais je me tiens plutôt au café Les Gâteries, rue Saint-Denis. J’aime beaucoup Montréal."


vendredi 19 janvier 2007

Ici et là

Les joueurs de badminton, les pauvres, ont été maltraités par la littérature. Badzine, le webzine du badminton, recense des extraits de livres d'auteurs connus (Rousseau, Hugo, Flaubert, Zola, Balzac...) où il est question du badminton, ou plutôt le jeu de volant, et dont on dit qu'il est associé aux fillettes, aux curés et aux bonnes soeurs. L'auteur de l'article conclut: "Voilà donc, chers passionnés de badminton, l'image que votre divertissement a renvoyé, renvoie (et continuera de renvoyer?)..."

Dans le Figaro, Madeleine Chapsal se demande: "Et si on supprimait les prix littéraires?" Elle dit: "En auraient-ils [les lecteurs] ras le bol de cette institution surannée, laquelle, tous les automnes, autorise des maîtres et des maîtresses d'école à attribuer des «récompenses» à des écrivains qui leur sont souvent supérieurs, mais qui n'y peuvent mais? Des premiers prix, des seconds prix, des prix de consolation, brandis pendant des semaines comme des hochets, puis ­retirés au dernier moment, à l'humiliation de présumés candidats qui se retrouvent au ban de la classe! Recalés, rejetés, exclus par des autorités autoproclamées, promptes à établir leur palmarès sans appel!" - Madeleine Chapsal a été membre du jury du prix Femina de 1981 à 2006; elle vient d'être exclue de ce jury pour un jugement qu'elle a porté sur les grands prix littéraires dans son livre Journal d'hier et d'aujourd'hui.

Une nouvelle traduction en français vient de paraître en France du roman de Herman Melville, Moby Dick. Euh... l'ancienne n'était pas bonne? Eh bien, il y avait la version expurgée et coupée de moitié que l'on servait aux adolescents, et aussi la version, publiée chez Folio, de Jean Giono, qui, semble-t-il, ne parlait pas très bien l'anglais. On doit la nouvelle traduction à Philippe Jarowski et elle a paru dans le troisième tome des oeuvres complètes de Melville, dans la Pléïade. -- Source: Métro International - France.

James Ellroy le bienheureux: "Je suis un maître de la fiction. Je suis aussi le plus grand auteur de romans policiers de tous les temps. Je suis au roman policier ce que Tolstoï est au roman russe et Beethoven à la musique." -- entretien tout à fait intéressant paru dans le Courrier International, et originellement paru dans The New York Times Magazine.


jeudi 18 janvier 2007

Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder, dans un entretien accordé à routard.com, alors qu'il publiait Windows on the world, en 2003, roman qui traite de la tragédie du 11 septembre 2001:

"Tous les écrivains que j’aime sont des provocateurs. Nabokov quand il fait son Lolita, ou Houellebecq. Je pense que tuer des arbres pour faire un livre, c’est obscène et prétentieux. Si on prétend écrire un livre de plus, alors qu’il y en a déjà des tonnes, il faut qu’il fasse réagir. Un livre qui ne provoquerait pas n’a pas de raison d’être. La littérature doit secouer les gens. J’espère qu’aucun de mes livres ne laisse indifférent."



Correspondance Sand / Flaubert

La correspondance de George Sand fait 26 volumes, dont les 25 premiers volumes ont été publiés par Classique-Garnier (Bordas) de 1964 à 1991. George Sand a correspondu avec les auteurs et les célébrités de son temps, dont Victor Hugo, Marie d'Agoult, Pauline Viardot, Musset, Marie Dorval, etc. Flaubert et Sand échangèrent aussi une correspondance (soit plus de 430 lettres, du moins celles qui nous sont parvenues) de 1866 à 1876, soit jusqu'à la mort de Sand.

Canal Académie propose l'écoute en ligne de larges extraits de cette échange épistolaire entre ces deux grands écrivains. Si on préfère, on peut aussi télécharger l'émission au format MP3: la première partie dure 38 minutes et fait 26,2 mo; la seconde partie dure 36 minutes et fait 25,2 mo.


mercredi 17 janvier 2007

Norman Mailer

Norman Mailer, vous connaissez sans doute. Celui-là même qui a une opinion sur tout ce qui bouge aux États-Unis. À part ça, il écrit des livres depuis très très longtemps. Eh bien, dans Vanity Fair, il répond au trop célèbre questionnaire de Proust. Quelle est votre couleur préférée? Quelle est la qualité que vous préférez chez un homme? chez une femme? Etc, etc. Quelques réponses de Mailer:

Who are your favorite writers?
I'll only mention the dead. Every live author you do not mention will never forgive you. So, I'll list Tolstoy, Dostoyevsky, Chekhov, Stendhal, Melville, Hemingway, Faulkner, Dos Passos, Proust, Zola, Mann, Goethe, and, oh yes—curses—Shakespeare!

Who is your favorite hero of fiction?
Let's say not the hero but the protagonist from whom I learned the most. That might be Anna Karenina.

Dans cet interview intéressant du magazine Lire, qui date de 1995, alors qu'il vient de publier un livre sur Lee Harvey Oswald, l'assassin présumé de John F. Kennedy, Norman Mailer répond à cette question: Qu'est devenue votre rage du début?

"En vieillissant, elle est devenue plus profonde, moins violente. Je ne démarre plus au quart de tour, je ne suis plus emporté tous azimuts! Mais la rage demeure. Elle est simplement plus silencieuse, plus sérieuse aussi. Notre monde ne semble pas en bonne santé et ne présente malheureusement pas de signes d'amélioration, si bien que la rage n'a aucune raison de disparaître. Mais j'essaie d'être plus efficace, voilà tout. Au lieu de brasser beaucoup d'air, je vais droit au but."

Norman Mailer, sur Wikipedia.



lundi 15 janvier 2007

Joseph Conrad

À partir d'aujourd'hui, et pour trois semaines, France Culture présente en un feuilleton de quinze épisodes une adaptation du roman Lord Jim, probablement le plus connu de Joseph Conrad. On peut écouter l'émission en différé ici.



L'Orient littéraire, au Liban

Michel Butor, écrivain longtemps associé à la vague du nouveau roman, qui a sévi en France dans les années 1960 et 70, à qui on demandait s'il se considérait comme un écrivain "bourgeois":

"Oui, certainement. Mais 99% des écrivains français, aujourd’hui, sont issus de la bourgeoisie. Écrire, c’est une occupation qui exige beaucoup de temps et beaucoup de loisirs. Un ouvrier n’a pas le temps, je ne dis pas d’écrire une oeuvre valable, mais une oeuvre tout court... D’ailleurs, toutes ces notions sont vagues en France, les écrivains ne sont pas tous des bourgeois comme on les considérait au XIXe siècle, et les ouvriers français commencent, de plus en plus, à s’embourgeoiser... D’ailleurs, il n’y aucune honte à être bourgeois. Ce qui compte, ce sont nos rapports avec les choses, les gens."

Un long extrait de cet entrevue qui date tout de même de 1962 a paru dans L'Orient littéraire (Liban), du jeudi 3 août 2006. Ce supplément, qui paraît tous les premiers jeudis de chaque mois, est téléchargeable au format PDF sur le site du journal L'Orient le Jour. À signaler, dans le numéro courant (4 janvier 2007), une entrevue avec Pierre Assouline, qui présente son dernier roman Rosebud.



Ici et là.

Le no 42 de la revue Le Français dans tous ses états du CRDP Languedoc- Roussillon est consacré à George Sand et le contenu est maintenant librement consultable en ligne. La revue s'adresse plus particulièrement aux professeurs de français en France.

"Pays tranquille, littérature tranquille. Les grands thèmes de la littérature du Québec restent intimes: la famille et ses secrets, la quête de soi, l’enfant qui peine à devenir adulte, comme dans les histoires de Réjean Ducharme ou de Marie-Claire Blais. Peu de tentatives d’embrasser le vaste espace américain avec ses excès." -- David Homel, "La littérature québécoise n’est pas un produit d’exportation", texte publié dans Le Monde, 17 mars 2006, et reproduit sur Radio-Canada.

"Je sens une sorte de division dans la plupart des blogues que je consulte, les Québécois ne répondant plus que sur des blogues tenus par des Québécois et parlant de bricoles politiques ou commerciales québécoises, les Européens ne se risquant jamais sur un blogue québécois parce que l'actualité parisienne est plus importante. Bien sûr, tout cela est lié à la vision communautariste des blogues ou des forums, vision désastreuse et nuisible. Cette situation n'existait pas vraiment il y a encore deux ou trois ans, et il y a presque dix ans ce n'était pas du tout le cas. Le paradoxe, c'est que ce qui devrait nous rapprocher a fini par nous éloigner. Et moi cela me désole." -- Le Petit Champignacien illustré, "De l'éloignement du Québec".

Angelo Rinaldi, dans le magazine Le Point, parle du dernier tome (cinquième: 1956-1957) du Journal de Cocteau. Où on découvre un Cocteau plutôt mesquin, et un Picasso "pour qui la méchanceté est, dans le commerce ordinaire des jours, un prolongement du sadisme de la corrida, [et qui] se repaît autant des blessures infligées aux familiers que des souffrances causées aux bêtes dans l'arène"...


dimanche 14 janvier 2007

Quel avenir pour la littérature?

Le journal français La Croix a interrogé Tzvetan Todorov et François Bégaudeau sur le rôle de la littérature et sur l’enseignement du français. Échanges très intéressants. Todorov considère "qu’on enseigne aujourd’hui les outils de l’analyse plutôt que les œuvres mêmes". Il dit:

La filière littéraire n’attire plus personne au lycée, avec une telle conception de la littérature les élèves ne comprennent pas à quoi elle sert. Je trouve désolant de penser que, pour les accrocher, on doive leur parler d’adjuvants et d’opposants! Il faudrait plutôt leur montrer que les grands textes du passé parlent d’eux, qu’ils donnent sens à leur vie intérieure et les aident à mieux vivre.

Plus loin:

La lecture doit être associée au plaisir, on n’y amènera personne par la contrainte. Elle peut l’être parce qu’il y a une joie à suivre une histoire, à imaginer des êtres autres que soi, à saisir le sens et à découvrir la beauté.

Voir aussi: La critique littéraire ou la vie, dans le journal Le Monde.



Moebius

En 1981, je publiais mon premier texte, une très courte nouvelle pas très jojo (Les voix) dans la revue Moebius, revue qui fêtera ses trente ans ce printemps. Trente ans pour une revue littéraire, c'est pas rien! Surtout qu'elle fait place à des textes inédits de création plutôt que critiques. Moebius publiera à cette occasion, justement, un numéro spécial ayant pour thème la trentaine. La revue, qui "se définit comme une revue d'écritures et de littérature", est éditée par la maison d'éditions Triptyque.


samedi 13 janvier 2007

Truman Capote

J'ai glissé un tout petit mot dernièrement sur l'écrivain américain Truman Capote, en fait pour faire un lien vers un article de Robert Lévesque dans Le Libraire. Eh bien, le Magazine littéraire consacre justement son numéro de janvier à cet écrivain, dont on résume trop souvent l'oeuvre au seul De sang-froid. Il a aussi écrit des nouvelles, La Harbe d'herbes entre autres, que je me rappelle d'avoir beaucoup aimé, mais il y a si longtemps. Truman Capote, dont j'ai, par Robert Lévesque, enfin appris à prononcer le nom, «Capôti», était un étrange personnage, "à la voix fluette et au maniérisme snob" (Le Figaro). La très clinquante émission américaine Entertainment Tonight a fait un reportage sur Capote, qui se retrouve sur Youtube. On y voit un Truman Capote interviewé par Johnny Carson.

De sang froid, le roman de Capote vendu à des millions d'exemplaires, a fait l'objet d'un très beau film à la fin des années soixante. En 2006, Bennett Miller a réalisé un film sur l'auteur, se cantonnant à l'époque où il faisait des recherches pour l'écriture de ce livre. Encore sur Youtube, on peut voir un long extrait (4 min. 20 sec.) de ce film, et en français à part ça: l'un des assassins raconte le massacre à la ferme.



Le Figaro littéraire

Arturo Pérez-Reverte, écrivain espagnol dont les livres sont des best-sellers dans le monde entier, interviewé dans Le Figaro littéraire:

J'ai 55 ans, je commence à vieillir et j'ai besoin de consolation. Je n'aime pas le monde dans lequel je vis. Je n'aime pas les gens. Ça m'inquiète, parce que je commence à préférer un méchant intelligent et cultivé à un imbécile gentil. Avant, je n'étais pas comme ça. Mais les idiots sont partout. Je crois que jamais dans l'histoire de l'humanité, l'idiot, via la télévision et Internet, n'a été aussi omniprésent et nombreux à nous dire ce qu'on doit faire, penser, croire.

Encore: Jamais l'image n'a été aussi omniprésente et jamais elle n'a autant menti, jamais elle n'a été aussi manipulée. Avant, on disait qu'une image valait cent mots. C'est fini.

D'autre part, le même Figaro littéraire nous apprend que les dix auteurs les plus lus en France représentent à eux seuls près du quart (22%) de l'ensemble des ventes de livres de fiction. Les meilleurs vendeurs sont: Marc Levy, Fred Vargas, Bernard Werber, Amélie Nothomb et Anna Gavalda... À part cette dernière, jamais rien lu d'eux et elles... (Dix romanciers, huit millions de livres) Plus intéressant, on y apprend aussi que chaque année, Albert Camus, Antoine de Saint-Exupéry, Romain Gary, Marcel Proust et Boris Vian vendent chacun plus de 100,000 exemplaires. (Camus, Saint-Exupéry, Gary, toujours vivants!)



vendredi 12 janvier 2007

Livre électronique, PDF et iPod...

Georges Monti, éditeur de la maison Le Temps, croit que l’édition fait face à d’énormes défis:

Il n’y a pas de raison que le livre électronique ne devienne pas une réalité. Il faut certes distinguer entre les nouveautés et le fonds. Mais pour cette deuxième catégorie, un format bloqué en PDF pourrait devenir, pour le livre, l’équivalent de l’iPod pour la musique.

Cité dans le supplément Livres du journal Le Monde, dans un article sur les "nouveaux précaires" de l’édition française, c'est-à-dire ces petites maisons d'édition qui peinent à survivre, et même quelques-unes disparaissent (Al Dante et Farrago).

Supplément Livres du journal Le Monde, 12 janvier, au format PDF.



Les formats

Il ne se passe probablement pas une semaine sans qu'on me demande de rendre disponible dans différents formats (Word, PRC ou autres) les volumes de la Bibliothèque. D'abord, avant tout, si je ne le fais pas, c'est que l'espace qui m'est réservé sur le serveur de l'Apinc (excellent!) n'est pas illimité et que je dois faire des choix. De plus le format PDF est pour moi le format idéal: il respecte la mise en page, dépose les notes de bas de page au bon endroit, ne tronque pas les textes en vers, etc. Mais vous pouvez avoir d'autres préférences, oui vous pouvez!

Si un livre m'intéressait vraiment, je veux dire: un livre que je voudrais absolument lire, je crois bien que je serais prêt à le lire sur n'importe quel support, et même sur un vieux livre de poche tout jauni, avec de la pub sur la couverture. C'est vous dire le peu d'empressement que j'ai pour ces gens qui réclament des formats de documents pour toutes les bébelles à écrans qui sortent sur le marché.

De toute façon, le format PDF, c'est à prendre ou à laisser.



Alain Finkielkraut

En décembre, Alain Finkielkraut, toujours intéressant par ailleurs, accordait une entrevue au magazine Voir. L'auteur a publié de nombreux volumes, dont Le Juif imaginaire (1981), La sagesse de l'amour (1984), La Défaite de la pensée (1987), Comment peut-on être croate? (1992) et L'ingratitude. Extraits de l'interview dans Voir:

Il reste que la littérature, dans la mesure où elle est une entreprise d'élucidation de l'existence, exerce un effet, une influence sur les lecteurs. L'action de la littérature sur les hommes, tel est le pari initial. Mais cette action est difficile à mesurer car elle n'est pas quantifiable, ne relève donc pas de la statistique.

D'autre part, Alain Finkielkraut est plutôt pessimiste quant à l'avenir de la littérature:

La littérature est menacée parce que la lecture est en voie sinon de disparition, du moins de marginalisation. Dans le passé, la lecture était une activité centrale pour l'humanisme. Désormais, pour le post-humanisme post-moderne, la lecture n'est plus qu'une pratique culturelle parmi d'autres. En effet, plus les gens sont connectés, branchés, plus il y a d'ordinateurs, de iPod, d'écrits sur nos écrans virtuels, moins il y a de lecteurs pour les livres.

Les commentaires à la suite de cet interview ne sont nullement dénués d'intérêt.

Sur France Culture, Alain Finkielkraut anime chaque semaine l'émission Répliques, qui se veut "un débat où deux invités confrontent leurs points de vue sur les grandes – ou petites - questions auxquelles, par profession, ils ont été conduits à réfléchir". L'émission peut être écoutée en différé ou même en podcast (baladodiffusion).

Quelques autres interviews intéressants avec Alain Finkielkraut:

Alain Finkielkraut: la mémoire et son double, dans les archives de L'Humanité, 18 mai 2000.

À l'émission Répliques du 17 février 1996, animé par Alain Finkielkraut, retranscription d'un débat, avec Claude Allègre et François Lurçat, sur "Les promesses et menaces de la science".

Le sens de l'héritage, entretien avec Alain Finkielkraut, propos recueillis par Anne Rapin.


jeudi 11 janvier 2007

Alain Mabanckou

La Libre Belgique a publié une entrevue avec Alain Mabanckou, qui a récemment obtenu le prix Renaudot pour son roman Mémoires de porc-épic, aux Éditions du Seuil. Alain Mabanckou est né au Congo en 1966 et réside en Californie où il est professeur de littérature à l’Université de Californie-Los Angeles (UCLA). Extraits de l'interview:

"La littérature française a abandonné ce travail [sur la langue] alors qu'il y eut des écrivains comme Céline qui avait introduit dans Voyage au bout de la nuit la langue populaire et dans Mort à crédit, une nouvelle ponctuation (les trois points). Mais depuis, cette littérature a souvent viré au nombrilisme, elle est devenue comme morte."

"Nous [les écrivains africains] ne sommes pas enfermés dans un carcan, on laisse parler l'imaginaire plutôt que de rester cloîtré dans la coquetterie de ceux qui ne parlent que de leur petit milieu. Nous aimons le souffle plutôt que de patauger dans la vase. En Afrique, on aime ces écrivains qui choisissent l'imaginaire comme Garcia Marquez ou Balzac, mais on n'aime pas du tout l'auto-fiction où on raconte par le menu ses déboires avec son banquier."

Le blogue d'Alain Mabanckou.



Les romans jeunesse de Denis Boucher

Denis Boucher a publié aux Éditions Paulines cinq romans jeunesse entre 1972 et 1975. Il est maintenant à la retraite. La BeQ publie aujourd'hui trois de ses romans jeunesse restés encore inédits:

Le trésor du vieux moulin. PDF. 297 Ko.
Deux Pee-Wee chez les Pros. PDF. 296 Ko.
L'abominable homme du Nord. PDF. 377 Ko.

"À la fin des années 60 et début 70, alors que j'étais professeur au niveau primaire dans une école de Montréal, je déplorais le manque d'intérêt des enfants pour la lecture. Ils n'en avaient que pour les bandes dessinées, avec le moins de texte possible. Alors, un jour, j'ai décidé de leur faire voir qu'il y avait autre chose. À partir du texte d'un élève, j'ai commencé à écrire de courts épisodes d'un récit d'aventure, que je racontais chaque jour, avec un à suivre pour le lendemain. J'ai maintenu un suspens pendant plusieurs semaines, à raison d'un petit dix minutes par jour. Évidemment les enfants adoraient ce moment de la journée et ils faisaient des suggestions pour la suite des événements..." -- La suite sur le blogue de Denis Boucher.


mercredi 10 janvier 2007

Les personnages des Rougon-Macquart

Les Rougon-Macquart, c'est vingt romans, plus de douze cents personnages que Émile Zola a dénombré, résumé leurs faits et gestes dans Les personnages des Rougon-Macquart, volume qui d'abord n'était pas destiné à la publication, mais qui aujourd'hui est une annexe vraiment indispensable pour qui veut entreprendre la lecture de cette série de romans.

On trouve maintenant en ligne Les personnages des Rougon-Macquart, très bien numérisé, en format HTML, ainsi que l'arbre généalogique des Rougon-Macquart.

Émile Zola, peint par Édouard Manet, 1868, Musée d'Orsay.



Ici et là

Sur Mille feuilles, on connaît les sept trucs pour faire un bon poème. Amusant!

Celui "qui avait du talent, mais qui n’en faisait pas grand-chose" voulait devenir le Proust américain. Un billet de Robert Lévesque sur le site du Libraire.

Pierre Foglia parle ici de ses lectures et, plus particulièrement, de Victor-Lévy Beaulieu. On n'y apprend pas grand-chose sur celui qui vient de publier un livre sur James Joyce. Il y a des gens dont on dit qu'il s'écoute parler. Avec Foglia, on a toujours un peu l'impression qu'il se regarde écrire. Monsieur soigne son style...

Anonyme, qui tient le blogue La Littérature, intéressant par ailleurs, a un moyen sûr de régler le problème de "la crise de l'édition et celle de la librairie": augmenter le prix des livres. Rien que ça! Eh bien! cher Anonyme, je ne suis vraiment pas d'accord. Ça discute fort dans les commentaires.

Paraît qu'il y a 50 millions de blogues dans le monde (faudrait retirer les 5 ou 6 que j'ai ouverts pour le test seulement, avant de choisir une plate-forme!) et je crois bien que parmi ce nombre il doit y avoir un million de blogues littéraires... Tant mieux! Est-ce qu'il y a encore des gens qui pensent que l'Internet n'est pas une heureuse chance pour la littérature?... Par ailleurs, Bernard-Henri Lévy, cité par Pierre Assouline, compare les blogues à du "nombrilisme planétaire".

La meilleure page de liens concernant la littérature québécoise est probablement chez Carole Beaudoin.


mardi 9 janvier 2007

Lucy Maud Montgomery

Lucy Maud Montgomery (1874-1942) a connu un succès international avec Anne... la maison aux pignons verts, paru en 1908, premier livre d'une série, et dont l'héroïne est Anne Shirley, une jeune fille fantasque et romantique, espiègle et attachante. Les livres, traduits en de nombreuses langues et encore populaires aujourd'hui, ont fait l'objet de nombreuses adaptations pour la télévision. Lucy Maud Montgomery a fait découvrir l’Île-du-Prince-Édouard non seulement aux Canadiens mais au monde entier. Lecture obligatoire dans de nombreuses écoles, phénomène littéraire au Japon où il a rang de culte, ce roman décrit la vie rurale canadienne de l’Île-du-Prince-Édouard au tournant du 19e siècle.

Les archives de Radio-Canada ont mis en ligne ici et plusieurs enregistrements audio et vidéo sur le monde de Lucy Maud Montgomery, dont un enregistrement radio datant de 1999 où on se demande si Lucy Maud Montgomery n'a pas plagié Rebecca of Sunnybrook Farm, écrit cinq ans plus tôt, pour créer Anne… La Maison aux pignons verts.



Deux solitudes

"Plus de un million de copies de la série Amos Daragon, dont le dernier tome est sorti en octobre dernier, ont été écoulées. L'oeuvre a été traduite en 19 langues, dont en croate, et elle fait un malheur au Japon, où plus de 100,000 copies ont été vendues. Amos d'Aragon sera aussi disponible en France en 2009 et un film d'animation est en préparation. L'auteur donne de nombreuses conférences sur son oeuvre, du Nouveau-Brunswick au Yukon, dans des écoles francophones. Mais du côté du Canada anglais, c'est le néant."

Bryan Perro, l'auteur d'Amos Daragon, explique: "On a deux cultures séparées, il y a un gros mur entre les deux, je le vois directement par les livres: je ne suis pas capable d'avoir un livre de la culture anglophone qui ne soit pas traduit en France; c'est la même chose du côté du Québec."

Source: Le Journal de Montréal.


lundi 8 janvier 2007

L'Unique

"Le bulletin L'Unique est un outil de liaison de l'UNEQ [Union des écrivains et écrivaines du Québec] qui, quatre fois par année, apporte des nouvelles sur les activités et les dossiers de l'association, les réalités des écrivains en régions et les enjeux pour la littérature québécoise." Le magazine d'une douzaine de pages est librement téléchargeable au format PDF pour les quatre derniers numéros. C'est ici pour le téléchargement et pour la page d'accueil du magazine.

À lire dans le dernier numéro du magazine, décembre 2006, un intéressant article de François Jobin sur l'écrivain en panne devant la page blanche. Il écrit: "La panne est à l’écrivain ce que le chômage est à l’ouvrier. Au début, on se dit en congé. Puis à mesure que le temps passe, le doute s’installe. Petit à petit, un étrange sentiment d’inadéquation s’installe. Un collègue vous annonce-t-il le lancement de son dernier roman, voilà qu’on se surprend à vouloir lui arracher les yeux. Encore un peu de temps et le ressentiment se retourne contre soi: on se sent coupable. On s’accuse de paresse ou de lâcheté."

Et on a demandé à quatre auteurs: À quel moment cesse-t-on d'être un "jeune auteur"?


dimanche 7 janvier 2007

Rentrée littéraire - Janvier 2007

En France, 542 nouveaux romans, dont 189 titres d'auteurs étrangers, anglo-saxons pour la plupart, vont sortir en librairie, en ce début d'année. Je vous laisse aller pour connaître les auteurs qui vont publier. L'autofiction, paraît-il, va vers sa fin. Les thèmes qui prévalent alors aujourd'hui: l'immigration, les OGM, la vie de bureau, les élections présidentielles...

La rentrée littéraire de janvier, à ce qu'on dit, est "la petite sœur souvent décriée de celle de septembre". On dit aussi que les auteurs publiés en hiver sont ceux qui ne sollicitent pas un prix littéraire.

Pour ce qui est de la rentrée littéraire québécoise, La Presse annonce déjà que le premier roman de Janette Bertrand sera un best-seller. On n'a pas fini de la voir partout! Pleins de titres sont aussi annoncés, dont le thème de l'essai de Pierre Monette, Rendez-vous manqué avec la Révolution américaine, me semble assez intéressant: "l'auteur... se demande ce qui serait advenu de nous [je suppose qu'il s'agit des Québécois] si le Bas-Canada avait répondu à l'appel des 13 colonies américaines en signant la déclaration d'Indépendance du 4 juillet 1776."

Didier Fessou, parlant de la rentrée dans Le Soleil de Québec, a cette réflexion, à propos des salons du livre et des dédicaceurs en tous genres: "Les écrivains aiment tellement s’écouter parler de tout et de rien que je me suis toujours demandé pourquoi ils ne faisaient pas de la radio plutôt que d’écrire des livres."



Et les auteurs, dans tout ça?

Via La littérature, un intéressant (mais attristant) billet de Joseph Périgot: "Le livre ordinaire - je veux dire: le livre tel qu'il est traité ordinairement, d'un auteur qui n'en est pas à son coup d'essai mais n'a pas accédé au statut de vedette, ce livre-là ne fait pas plus de trois petits tours avant de disparaître de la circulation. Sorti du carton par le libraire, il rejoint le tas de nouveautés pas toujours étalées sur la table par manque de place." -- Deux bons blogues pour suivre et comprendre les dessous du monde du livre.

Dans Le Courrier, journal de Suisse romande, on rappelle que l'écrivain reste le maillon le plus mal payé de la chaîne du livre: "À l'heure où nos hommes politiques se penchent sur la crise de la chaîne éditoriale – le prix unique du livre n'en est que la partie visible –, il est juste de soutenir et saluer le travail de fond effectué par les libraires, les bibliothécaires et les éditeurs pour que se maintienne, en Suisse romande, un paysage littéraire diversifié. Mais dans tous ces débats, il est un acteur trop souvent négligé, que le grand public ne connaît qu'à travers l'écran du mythe, c'est l'auteur-e. Tout se passe comme si le statut d'auteur était assez rare et prestigieux pour qu'on n'ait pas, en plus, à le payer comme un travailleur."

Et, après tout ça, si vous n'avez pas arrêté de lire et que vous êtes un auteur non encore publié, vous êtes très probablement déprimé, mais attendez: Lorenzo Soccavo fait ici l'éloge de l'écrivain amateur:

"Ils sont des millions de Français à écrire en solitaire. Et pourtant… Pourtant, les sportifs, les musiciens et les peintres, eux, ne se cachent pas ainsi pour assumer leurs passions en amateur. Les sportifs s’entraînent en groupe et participent ensemble à des compétitions. Ils disposent de fédérations et de nombreux clubs dans pratiquement chaque commune. Les peintres et les sculpteurs, les photographes et les plasticiens exposent régulièrement. Les musiciens se font chaque année un bonheur de descendre dans la rue...
"Le monde de l’édition, ou, plus exactement, les modes d’accès à la publication changent.
"Se former à la pratique de l’écriture, et, à défaut d’en vivre professionnellement, avoir des lecteurs et acquérir un savoir faire reconnu sont aujourd’hui des choses tout à fait réalisables...
"Aujourd’hui les auteurs, comme les autres amateurs passionnés peuvent s’exprimer librement, entre eux, mais aussi dans la société. Aujourd’hui, le numérique leur apporte, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les moyens de se saisir d’outils de publication, de communication et de diffusion de l’écrit."

Ça va pas un peu mieux, non?

Et L. Soccavo de rappeler que "le mythe romantique de l’auteur génial, mais, incompris, mais, solitaire, mais, malheureux, a la peau dure".

Quelqu'un a dit, je ne me souviens plus qui, que Rimbaud et Verlaine, avec leurs beuveries, avaient fait de grands torts à la poésie, car, maintenant, il suffisait de fermer les bars tous les soirs pour se croire poète. C'est sans doute un peu exagéré...


samedi 6 janvier 2007

Maurice G. Dantec

Maurice G. Dantec, ce Français qui a fui la France pour venir s'installer au Québec, accorde une longue entrevue au magazine Le Point. "Catho et techno, réac et futuriste, Maurice G. Dantec n'aime pas grand-chose de ce qui est moderne", est-il écrit en présentation. - Dantec, sur son pays d'origine: "La France que j'aime a disparu, c'est un souvenir, c'est de l'HISTOIRE, c'est ce qui a disparu ou est sur le point d'être anéanti. J'attends avec impatience l'Heure du Jugement pour ce «pays» qui est le fer de lance de l'islamisation de l'Europe..." - Par ailleurs, Dantec croit à l'Eternel Retour du Christ... Ah ah ah!



John Updike

Le supplément Livres du journal Le Monde, d'une douzaine de pages, est comme d'habitude téléchargeable sur le site du journal, à partir du vendredi. Cette semaine, aussi comme d'habitude, de nombreuses recensions de livres d'auteurs dont je n'ai absolument jamais entendu parler, mais aussi une longue et fascinante entrevue avec l'écrivain américain John Updike, l'auteur de la série des Rabbit et dont je n'ai lu malheureusement que Couples, un très gros roman paru en 1968.

Updike a cette réflexion pas très gaie sur la société américaine: "Les électeurs se tournent à nouveau vers les candidats d’une «gauche» qui survit au prix de mille compromis. Quant à la texture générale de la vie américaine, cela ne fait aucun doute: nous avons perdu cette formidable exaltation, ce sentiment d’être au bord d’un «Brave New World» toujours en devenir. Et notre jeunesse a l’air grise et triste: elle se préoccupe trop de sa progéniture, et pas assez d’une quelconque pensée radicale. Bref, notre propre déhiscence morale combinée à la montée en puissance de la Chine et de l’Inde fera de nous l’Angleterre de demain."

John Updike, sur Encarta.

À signaler aussi le recensement d'un livre d'une certaine Claire Castillon qui signe un recueil de nouvelles sous le titre: On n'empêche pas un petit coeur d'aimer. Il paraît que c'est ironique. "Claire Castillon est experte en contes cruels, portraits de partenaires infects, déclinaison de mesquineries envenimées." Ça donne le goût de la lire (et ça, ça n'est pas ironique du tout!).

Le supplément Livres du journal Le Monde au format PDF.


vendredi 5 janvier 2007

Numérisation (bis!)

Pierre Schweitzer, en commentaire à l'article sur Figoblog, La numérisation de masse, et c'est moi qui souligne: "Cela dit, je partage à 1oo% vos conclusions, Manue, sur l'objectif primordial de la sauvegarde en mode image. Comme je l'avais déjà expliqué, ailleurs, il y a belle lurette, le mode image et le mode texte, loin de se concurrencer ou de s'opposer, se consolident mutuellement en réalité. L'un passe par l'autre (on a besoin de l'image pour faire de la reconnaissance optique) et vice-versa (le facsimilé a une fonction de validation et de certification des éditions dans une approche patrimoniale)."

D'ailleurs voir l'intéressant article de Pierre Schweitzer, sur le site d'Études Françaises, même si l'article date de 2001 et a un peu vieilli. Je retiens ceci, qui est une sorte de revanche de l'écrit sur la télé et le ciné:

"Avec ou sans papier, l'évolution de la lecture est une chose remarquable avec Internet. Même les radios et les télés qui s'installent sur le web donnent des contenus à lire et des espaces pour écrire. L'air de rien, c'est une sacrée innovation."

"Pierre Schweitzer a mis au point avec les étudiants de l'Ensais de Strasbourg un livre électronique. Contrairement aux modèles existants, l'@folio n'est pas un ordinateur. Il se substitue à l'imprimante et sera aussi simple à utiliser qu'un livre classique." - C'est un article tout frais d'aujourd'hui, sur le site du journal Dernières nouvelles d'Alsace.



Les ressources documentaires numériques au Québec

Les ressources documentaires numériques au Québec est un document de huit pages au format PDF qui "dresse un portrait de la situation au Québec en matière de ressources documentaires numériques, qu’elles soient librement accessibles sur Internet ou offertes à des groupes d’utilisateurs plus restreints". Le nombre et la diversité des projets sont impressionnants. Cela va d'enregistrements sonores de disques 78 tours, de journaux, de partitions musicales, de revues universitaires, de textes scientifiques, à des oeuvres littéraires, bien sûr. Mais il y a bien d'autres projets.



Best-sellers, pourcentages...

Le portail Canoé dans son bilan de l'année pour le livre constate, mais on le savait déjà, que ce qui s'est vendu en 2006 dans les librairies, ce n'est pas surtout de la fiction, mais des livres de recettes, d'autobiographies de vedettes, de la psychologie populaire, etc. Plus intéressant, on écrit: "Pour qu'un livre soit classé best-seller au Québec, il doit s'en être vendu au moins 2000 exemplaires." J'aurais imaginé que ce fut beaucoup plus! Et, toujours selon le site, la part des ventes qui revient généralement à chacun des acteurs de la chaîne du livre, pour un premier tirage:

40% au libraire;
17% au distributeur;
20% à l'imprimeur;
13% à l'éditeur;
10% à l'auteur.



Numérisation

Via La Feuille, sur le site Figoblog, la webmestre énumère quatre exigences de base à l’égard de projets de numérisation; je retiens surtout le respect de l’authenticité de la source, qui me semble la plus importante de toutes, et la nécessité de numériser des éditions récentes, mais, sur ce dernier point, ce n’est pas toujours possible, pour des questions de droits d’auteurs ou parce que, tout simplement, il n’existe pas d’éditions récentes. Aux quatre points cités par la webmestre, j’ajouterais ceci:

– considérer un texte numérisé comme perfectible, quant à l’intégrité du texte, ou pour l’ajout de notes, additions, préfaces, etc.

– numériser avant tout des textes d’une certaine valeur; là-dessus je privilégierais des textes littéraires, bien sûr, plutôt que des vieux journaux, des textes juridiques...

– soigner la présentation des textes et respecter sa forme, privilégier la présentation d’origine, comme pour la poésie, les notes de bas de page, les tableaux, etc. À ce propos, seul le format PDF me semble convenir pour le moment.

– limiter ou du moins s’assurer du contrôle des sources de distribution, pour des raisons surtout de gérance des nouvelles versions d’un texte. Ainsi, pourrait-on gérer une œuvre de la même façon qu’un logiciel libre, que tout le monde peut modifier pour son propre usage mais dont une seule version dite officielle est librement accessible.

Du billet de Figoblog, je retiens aussi ceci: Le problème avec la masse, c’est que plus elle augmente, plus la qualité baisse. C’est souvent le cas, par exemple, pour des textes provenant de Gutenberg, nombreux, du moins dans l’ensemble des langues, mais de qualité souvent très douteuse. Le problème vient peut-être des bénévoles mêmes: il faut plus que de la bonne volonté pour faire un travail de numérisation acceptable. De toute façon un travail bâclé enlève toute valeur à une œuvre numérisée.


jeudi 4 janvier 2007

Fanfiction

Alain Brunet, dans La Presse: "Une fanfiction (ou fanfic) est une fiction écrite par l'amateur d'une série télévisée, d'un film, d'un film d'animation, d'un jeu vidéo, d'une bande dessinée ou d'un roman... Le fan écrivain, que d'aucuns nomment déjà «fanfiqueur», s'inspire ainsi de l'univers ou des personnages qui y évoluent."

"La fanfic, explique aussi Wikipedia, permet de pallier l'attente vécue comme insupportable entre deux épisodes ou deux saisons d'une série (littéraire, télévisée, etc.), en développant les thèmes classiques du scénario, où les fans se reconnaissent facilement. Mais la fanfic peut aussi explorer les non-dits, les zones troubles de la psychologie des personnages, ou des thèmes qu'il ne serait pas commercialement correct d'aborder dans une œuvre destinée au plus grand nombre."

Ainsi, des passionnés de Harry Potter peuvent-ils créer de nouveaux épisodes de ses aventures, comme Mélissa Lafortune dont la Potterfiction qu'elle a imaginé et qui fait plus de 400 pages a été vue par plus de 40,000 internautes sur le site du repaire de Harry Potter.

Les fanfictions sont publiées sur Internet, et sont tirées le plus souvent d'oeuvres très populaires (Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, 24 heures chrono, etc). Quelques-unes ont une audience très large.

Liens:
Les fanfictions (fanfic ou fanfiction) de Fantic Fr.
Les fanfictions de Harry Potter.



mercredi 3 janvier 2007

Maudits auteurs (bis!)

Les écrivains sont souvent féroces pour les autres écrivains. Par exemple, il y aurait eu Borgès qui aurait dit de Lorca qu’il a eu la chance d’être exécuté. Et puis on connaît la trop fameuse expression «vache à écrire» que l’on a servi à George Sand. Exemples parmi tant d’autres. C’est le danger, je crois, qui guette souvent celui qui écrit sur la littérature et les écrivains, que de se mettre à détester en toute démesure un autre écrivain, juste pour un petit livre qui ne lui a pas plu. Alors qu’il serait plus raisonnable et aussi plus logique de simplement mettre le livre de côté et de passer à un autre.

Journal 1998-2000.



«La réalité, c’est pas mangeable.»

On parle assez des Belles histoires des pays d'en haut en ce moment à la télé de Radio-Canada. Pierre Daignault, qui jouait le personnage du Père Ovide, le "rapporteur officiel", a écrit, dans les années cinquante, sous le pseudonyme de Pierre Saurel, une série de petits romans policiers, intitulée Le Manchot, que les éditions Québec-Amérique ont repris, bien des années plus tard. Ce n’était pas génial, mais alors, pas du tout génial. Mais ça ne visait sans doute qu’à divertir. J’ai associé, toujours, ces livres, qui me sont tombés sous la main par seul hasard, à la série des San-Antonio, sans doute à cause du format, et du public probablement visé. Ces livres sont assurément introuvables aujourd'hui.

Comment fais-je donc pour lire autant? se demande Cuné, qui écrit encore: "Ce qui est absolument vrai et profond, par contre, c’est que lire fait partie de ma personnalité depuis mon plus ancien souvenir, et que c’est la source de mes plus grandes émotions. Quelqu’un qui aime lire m’est immédiatement sympathique, et cela n’a rien à voir avec son rythme de lecture ou son érudition."

J'aime bien cette phrase d'un écrivain français: «La réalité, c’est pas mangeable.» Je la trouve plutôt comique, même si celui qui l'a écrit n'avait nullement envie de faire rigolo.

Challenge auquel, semble-t-il, plusieurs blogueurs participent: "Le but du jeu: pour chaque lettre de l'alphabet, choisir un auteur dont le nom commence par cette lettre que vous n'avez jamais lu. Puis lisez une oeuvre de cet auteur!" -- Plutôt enfantin, non? Vraiment pas pour moi.

Quelqu'un voulait savoir: Si je lis des bouquins aux toilettes suis-je une minorité ou un phénomène de masse?


mardi 2 janvier 2007

Clarence Gagnon

C'est un peu tard pour signaler l'exposition (elle se termine le 7 janvier), au Musée des Beaux-Arts du Canada, de plus de 200 oeuvres du peintre québécois Clarence Gagnon, celui-là même qui a illustré le roman Maria Chapdelaine de Louis Hémon, dont je parlais il y a pas trop longtemps. Mais on peut voir de ses toiles ici et . Magnifique!



Magasin général

"C'est la parfaite bédé du temps des Fêtes: neige, ripaille et messe de minuit, le tout campé dans le Québec d'Antan. Pour Serge, le deuxième tome de la série Magasin Général qui connaît le succès dans toute la francophonie, les bédéistes Loisel et Tripp ont créé un vrai régal... pour les yeux!" - La Presse.

Petit bonheur: cette série qui se déroule dans le Québec d'autrefois s'étendra sur pas deux, mais six albums!

On peut jeter un coup d'oeil sur les planches ici.


lundi 1 janvier 2007

Robert Walser

À partir d'aujourd'hui, France Culture présente en rediffusion une série de cinq émissions sur Robert Walser, l'auteur, entre autres, du très beau roman L'Institut Benjamenta. Lu il y a très longtemps, mais souvenir encore vivant. L'univers de Walser est assez sombre, mais ça vaut vraiment la peine de faire un effort pour le découvrir. Comme toujours, les émissions de France Culture peuvent être écoutées pendant un certain temps sur le site.



Patrick Süskind

Un film sera tourné à partir du roman de Patrick Süskind, Le parfum. Tom Tykwer, le réalisateur, parle de l'auteur: "Vous savez, il n'est pas du genre enthousiaste, et il vit reclus. Il n'apparaît jamais en public et n'a aucun plaisir à être le centre d'attraction." (La Presse)

De Süskind, j'ai mieux aimé, plutôt que Le parfum que j'ai trouvé un peu fabriqué, La contrebasse, un très court récit ou pièce à un seul personnage, qui "raconte le plongeon vers la solitude et la folie d'un contrebassiste".


 

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